Publié le mercredi 22 avril 2009

Déviance et délinquance

22 04 2009

 

De manière indue on considérait habituellement par le passé que la délinquance juvénile était le lot de "sous-culture des milieux désavantagés" ou pauvres. On réservait ainsi l’appellation de déviance pour les enfants de famille riche, puisque lorsqu’il y avait méfait et acte délictieux, la famille fortunée réglait le problème en envoyant le délinquant en institution privée, chez un parent qui pouvait offrir du travail ou même dans les colonies en s’enrôlant dans l’armée. Autrement dit, "la délinquance était connue de la société, tandis que la déviance était traitée à l'intérieur de la cellule familiale".

Ainsi, "la délinquance des enfants des familles à l'aise a été systématiquement camouflée. On enfermait le " mouton noir " dans un internat privé, spécialisé dans l'éducation des " têtes fortes " ; on lui faisait subir ensuite un entraînement dans l'armée et quand tout cela s'avérait insuffisant, on l'expédiait finalement dans les colonies". Autrement dit, les délinquants des familles privilégiées ne se rencontraient jamais face à face avec la société.

Aujourd’hui on considère les choses autrement. On réserve le terme de déviance ou d’enfance malheureuse pour les problèmes que rencontrent les moins de 14 ans. De délinquance pour ceux de 15 ans à 21 ans et de criminalité pour les récidivistes de plus de 21 ans. Ce qui fait que la déviance est devenue un problème social nous pousse à concevoir qu’une éducation familiale négligente peut être du ressort et de la responsabilité de la société du fait que certains parents ne sont pas outillés pour prendre adéquatement soin des enfants : ne devient pas parent qui le veut.

Par ailleurs, il faut distinguer la délinquance de la criminalité. " Au niveau de l'homme de 25 ans ayant un passé criminel, il faut d'abord détruire un passé pour construire un avenir ; au niveau de l'adolescent de 15, 16 ou 18 ans, il ne s'agit que de traitement." Lorsque l’on parle de traitement cela nous amène à la pensée de la défense sociale. Pensée qui a mûri et germé après la Deuxième Guerre mondiale, mais surtout dans les années soixante-dix. Celle-ci dit à peu près ceci : "Il est impossible, en effet, de continuer à considérer que la cellule familiale, déficiente en raison de plusieurs facteurs sociaux reliés à la transformation très rapide des modes d'existence urbaine et rurale, puisse assumer, comme par le passé, toutes ses responsabilités à l'égard de l'enfance. D'ailleurs, plusieurs de ces responsabilités lui sont déjà enlevées par le système de l'éducation publique et gratuite, comme par les divers services médicaux et sociaux et les contrôles administratifs."

Il faut donc considérer que la déviance peut être un trouble de la personnalité aggravée par le milieu parental ou scolaire, une crise de croissance ou encore la recherche éperdue de valeurs. "La jeunesse actuelle utilise les comportements considérés comme délinquants, comme une arme contre l'autorité d'une société qui ne trouve plus d'idéal à lui proposer, en dehors de celui de la soumission aux objectifs du matérialisme et d'un univers peuplé de machines et prêt à créer les robots de demain." "La délinquance juvénile est, en effet, un phénomène totalement distinct de la criminalité adulte et il ne peut s'agir à ce niveau d'un délinquant en puissance, mais surtout et avant tout, d'un jeune dont le traitement constitue un investissement social de première importance. Par opposition au concept de réhabilitation des adultes, apparaît celui de la formation du mineur qui est un pari que toute société doit relever, même s'il exige des sacrifices et la remise en cause de toute la conception légale de la délinquance et de la criminalité, par opposition à la conception sociale de la déviance, soit de troubles de personnalité d'un être jeune, liés à sa croissance et à son besoin désespéré d'une aide et d'une assistance pleinement valables que sa propre famille ne parvient pas à lui assurer."