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Publi le vendredi 21 décembre 2007

Vendredi 21 décembre 2007

The Market Experience

 

Dans The Market experience, Robert Lane traite de l’institution du marché et de ses effets sur la somme totale de bonheur humain, délaissant ainsi les marqueurs traditionnels socio-économiques que sont le PNB par habitant, le taux de chômage, le niveau de scolarisation, l’alphabétisme, etc. Il sera amené, de cette manière, à prendre en compte l’amour-propre, l’amitié, la satisfaction au travail, la gratification et, globalement, le bonheur que peuvent ressentir les individus face au marché et au libéralisme. La question est donc de prendre conscience et d’évaluer quels sont les effets du marché sur les relations personnelles et sur la dimension psychologique de la personnalité.

Son analyse se veut avant tout modéré, et il est bien loin de reprocher au marché de "subvertir toutes les relations humaines ou de miner les fondements éthiques de la société" comme bien des contempteurs de la modernité et du capitalisme l’ont trop souvent formulé. Pour lui les effets bénéfiques sur l’amour propre sont indéniables, à condition de posséder un travail gratifiant. Il ne croit pas non plus aux thèses de la marchandisation des relations humaines ou à la déqualification.

Ce qu’il faut, pour lui, c’est rompre avec la primauté du marché. Par un étrange constat, il croit que le travail créatif "décroît lorsqu’il est directement rémunéré". Et "il semble ainsi que le marché ne soit pas capable d’exploiter un certain nombre d’énergies créatrices très précieuses qui ne se manifesteront qu’à condition de n’être pas suscitées par des gratifications monétaires."

Pour ce qui en est de la dimension complexe du bonheur, de la vie familiale, de l’amitié, de la maîtrise de notre vie et du sens qu’on lui donne, il semblerait que ceux qui échouent dans ces domaines soient tentés de compenser sur le marché du travail, en espérant réussir et parvenir par un moyen détourné à une forme de contentement qui pourrait venir remplacer le bonheur. Le marché en vient dans ce cas à nous détourner des activités essentielles, en promettant, en faisant miroiter plus que ce qu’il ne donne réellement. Mais cette course à l’enrichissement monétaire n’est pourtant pas que néfaste. Keynes disait bien que "la possibilité de gagner de l’argent et de se constituer une fortune peut canaliser certains penchants dangereux de la nature humaine dans une voie où ils sont relativement inoffensifs. Faute de pouvoir se satisfaire de cette façon, ces penchants pourraient trouver une issue dans la cruauté, dans la poursuite effrénée du pouvoir et de l’autorité personnelle, et dans d’autres formes de l’ambition égotiste". Lane serait peut-être d’accord avec lui en substance, mais il n’en demeure pas moins que la quête des richesses détourne de l’accomplissement du bonheur, de la recherche de la beauté et de la vérité, qui, elles, ne se nourrissent pas des mêmes ingrédients que l’on retrouve sur le marché.

par Tory | le 2007-12-21 17:48:17 | PERMALIEN
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