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Publié le dimanche 9 septembre 2007

Dimanche 9 septembre 2007

Nature et forme de l’économie

 

Pratiquement tous les discours servent des intérêts plus ou moins cachés. Et certains ont la prétention d’incarner l’objectivité et la scientificité. Ce qui est le cas, bien entendu, de l’économie.

Voyons donc ce qui se cache sous l’économie.

Il est difficile pour nous de relire les économistes qui ont écrit avant la moitié du 19 ième siècle, pour une raison précise. À cette époque on considérait que le développement économique débouchait sur un jeu à somme nul. Ce que les uns gagnaient, les autres le perdaient. Autrement dit, on considérait qu’il y avait les pays à matière première et les pays qui se consacraient à la fabrication de produits manufacturés. Les uns ne devant pas interférer dans cette division des tâches en essayant de produire les mêmes produits qu’à l’étranger. La raison en était que l’on croyait que les débouchés pour écouler les produits étaient limités. Il était presque impossible de se douter que le marché des besoins était infini, à condition de susciter ces besoins. C’est ainsi qu’Adam Smith considérait qu’il n’y avait pas d’avenir raisonnable et (souhaitable) pour les babioles et pour les inventions dérisoires comme le coupe-ongles et le cure-dents. De fait, c’est justement à ce sujet que les économistes de son époque se trompaient. Ils étaient incapables de se douter que l’exploitation des biens de luxe pourrait devenir rentable, parce qu’une forte quantité d’individus pourrait se les procurer. Leurs erreurs sont compréhensibles et explicables, car même, plus tard, pour Marx, en raison de la baisse tendancielle du taux de profit, il n’y avait rien qui permettait de conclure à une augmentation des salaires sur le long terme. Donc l’idée de création de richesse entretenue par une demande solvable, qui, avec le temps, augmente son niveau de vie et sa consommation, ne pouvait pas vraiment germer dans la tête des premiers économistes.

Justement. Où en sommes-nous aujourd’hui avec la question de la création de la richesse et de la croissance économique ? C’est qu’il ne faut pas oublier que le principal message que promeuvent les économistes, c’est celui, prétendument, de la redistribution des gains de productivité sur l’ensemble des travailleurs. Et sur la société tout entière, après coup.

Si les trente années glorieuses du capitalisme, au sortir de la seconde Guerre, ont permis une considérable augmentation du niveau de vie, il se peut fortement que ce ne soit plus le cas. Au contraire, le mécanisme de redistribution de la richesse n’opère plus depuis plus d’une décennie. On assiste plutôt au captage de la richesse par une minorité oligarchique qui maîtrise et contrôle entièrement les processus de la répartition de la richesse. Cette minorité, pour pouvoir conserver leur privilège, tente, par tous les moyens, de continuer à avancer l’argument du développement économique pour légitimer leur pillage éhonté du profit que génèrent les exécutants (travailleurs).

Le discours sur la création de la richesse fut un discours scientifique valable, avec chiffre à l’appui, durant le vingtième siècle, mais n’a plus de validité présentement.

Mais pour quelle raison ?

Pour le découvrir, il faut revenir aux écrits de Tornstein Veblen.

Veblen dans la Théorie de la classe de loisir se pose en opposition aux économistes actuels. Il ne croit pas, comme certains le pensent, que "les hommes disposent de ressources rares pour des besoins illimités". Au contraire, il prétend que les besoins essentiels sont facilement comblables par l’industrie, et que, donc, le développement de l’économie encourage des besoins de luxe qui s’explique par la propension qu’ont les êtres humains à vouloir se distinguer à tout prix.

"Une partie de la production de biens répond aux fins utiles et satisfait des besoins concrets de l’existence. Mais le niveau de production nécessaire à ces fins utiles est assez aisément atteint. Et, à partir de ce niveau, le surcroît de production est suscité par le désir d’étaler ses richesses afin de se distinguer d’autrui. Cela nourrit une consommation ostentatoire et un gaspillage généralisé." 

Le discours sur la création de la richesse permet donc aux classes possédantes et hyper riches de continuer à se distinguer en étalant leur richesse.

Pour Veblen "se comparer à autrui pour le rabaisser (…) c’est un des traits les plus indélébiles de la nature humaine." "Si l’on met à part l’instinct de conservation, c’est sans doute dans la tendance à l’émulation qu’il faut voir le plus puissant, le plus constamment actif, le plus infatigable des moteurs de la vie économique proprement dite".

"La possession de la richesse devient donc un moyen de différentiation. Son objet essentiel n’étant pas de répondre à un besoin matériel, mais d’assurer une distinction provocante, autrement dit d’exhiber les signes d’un statut de (supériorité)".

Il faut comprendre que les dominants-possédants et les hyper riches sont prêt à tout pour conserver les moyens de se distinguer par leur immense étalage de richesse. Ils ont même prévus de provoquer des attentats pour pouvoir, par la suite, instaurer un totalitarisme doux, qui sera à même, le temps voulu, de mater les opposants et les plus pauvres par des moyens policiers et l’enfermement, si protestation il y a.

Pour ce qui en ait des classes moyennes, ils ont à cœur le confort* et la sécurité, davantage que la liberté. Ce que prévoient les grands artisans-stratèges, c’est que si la majorité de la population conserve une certaine proportion de son standard de vie, elle sera à même d’accepter les pires mesures de sécurité et de répression de la délinquance et du paupérisme.

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* C’est une thèse farfelue, mais je propose que l’on considère que c’est à partir de la démocratisation du magnétoscope que date la véritable ère du confort. À partir de ce moment, l’individu peut se passer de l’altérité. Il n’est plus nécessaire, dès lors de sortir et d’affronter l’inconfort de se retrouver avec d’autres individus, ou encore de se plier à l’horaire de diffusion de son divertissement préféré. L’ouverture sur le monde devient possible selon les modalités de l’individu, alors qu’auparavant elle se faisait collectivement. Le lien est alors rompu entre l’individu et la société. Car dans les moments de représentation et de festivité, il n’est plus nécessaire pour l’individu de maintenir le lien social. Le sacré disparaît donc, puisque le sacré est, avant tout, la manifestation de l’unicité et de l’extraordinaire partagé par la collectivité. Mais c’est aussi autre chose le sacré. C’est la prise en considération que la communauté est supérieure à l’individu. Qu’elle le transcende, en quelque sorte.

par Tory | le 2007-09-09 20:09:35 | PERMALIEN
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