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Masculin, féminin
Dans la première des trois études d’ethnologie kabyle, qui porte le nom du Sens de l’honneur, Pierre Bourdieu anticipe sur un ouvrage qu’il publiera par la suite : La domination masculine. C’est-à-dire que les matériaux qu’il exposa dans cette étude lui serviront pour écrire La domination.
Pour commencer, demandons-nous en quoi il y a domination masculine. On s’en doute, la domination est, de prime abord, une domination symbolique. Symbolique, parce que dans le discours mythiquo-social, l’homme invente des couples de termes duaux, en opposition, qui permettent de caractériser et les hommes et les femmes, en discriminant ces dernières, en invalidant leur personne, pour mieux les dominer et les assujettir. Voyons quels qualitatifs caractérisent les sexes. Pour la femme : (sacré gauche) féminin, femme détentrice de puissances maléfiques et impures, gauche, tordue, vulnérabilité, nudité, (dedans) domaine des femmes, maison, jardin, monde clos et secret de la vie intime, alimentation, sexualité (humide, eau). Pour les hommes il suffit de renverser les termes : honneur (sacré droit) masculin, virilité, homme détenteur de la puissance bénéfique et protectrice, droit, protection, clôture, vêtement (dehors) domaine des hommes, assemblée, mosquée, champs, marché, monde ouvert de la vie publique, activités sociales et politiques, échanges (sec, feu).
Ce qui est intéressant avec ces couples antithétiques, c’est qu’ils se retrouvent au sein d’une multitude de populations, pour ne pas dire de civilisations, mais avec quelques nuances. Il n’en demeure pas moins que ce sont toujours les mêmes paramètres qui invalident les femmes. Même que pour nous, en Occident, jusqu’à tout récemment, on éduquait les jeunes filles en leur apposant des qualificatifs dans lesquels elles se retrouvaient moins aptes et infériorisées par rapport à leurs frères.
Voyons ce que nous apprennent certaines citations :
"Le sacré gauche (la femme), la partie faible par où le groupe donne prise. "Opposition entre la magie, affaire exclusive des femmes, dissimulée aux hommes, et la religion essentiellement masculin; opposition entre la sexualité féminine, coupable et honteuse, et la virilité, symbole de force et de prestige." "D’un côté, la vie des sens et des sentiments, de l’autre, la vie des relations d’homme à homme, du dialogue et des échanges."
Dans cette logique, il est naturel que la morale de la femme, sise au cœur du monde clos, soit faite essentiellement d’impératifs négatifs. La femme doit fidélité à son mari; son ménage doit être bien tenu; elle doit veiller à la bonne éducation des enfants. Mais surtout, elle doit préserver le secret de l’intimité familiale; elle ne doit jamais rabaisser son mari ou lui faire honte, ni dans l’intimité ni devant les étrangers. Elle doit se montrer satisfaite, même si, par exemple, son mari, trop pauvre, ne rapporte rien du marché; elle ne doit pas se mêler aux discussions entre les hommes.
Voici encore quelques citations relevées :
"Elle doit faire confiance à son mari, se garder de douter de lui ou de chercher des preuves contre lui." "L’intimité, c’est en premier lieu l’épouse que l’on ne nomme jamais ainsi et moins encore par son prénom, mais toujours par des périphrases telles que la fille d’Untel, la mère de mes enfants ou encore ma maison." "Il est déshonorant pour un homme de transporter du fumier, cette tâche incombant aux femmes." "La précocité du mariage se comprend si l’on songe que la femme, de nature mauvaise, doit être placée le plus tôt qu’il se peut sous la protection bénéfique de l’homme." "Les Arabes d’Algérie appellent parfois les femmes les vaches de Satan ou les filets du démon, signifiant par là que l’initiative du mal leur appartient. La plus droite, dit un proverbe, est tordue comme une faucille."
"Pareille à une pousse qui tend vers la gauche, la femme ne peut être droite, mais seulement redressée par la protection bénéfique de l’homme." "Non seulement les règles imposées aux hommes diffèrent des règles imposées aux femmes et les devoirs envers les hommes des devoirs envers les femmes(…)" "Ce qu’il y a de pire, c’est de passer inaperçu : ainsi, ne pas saluer quelqu’un, c’est le traiter comme une chose, un animal ou une femme." "C’est là que les femmes échangent les nouvelles et tiennent leurs bavardages qui roulent essentiellement sur toutes les affaires intimes dont les hommes ne sauraient parler entre eux sans déshonneur et dont ils ne sont informés que par leur intermédiaire." "L’homme respectable doit se donner à voir, se montrer, se placer sans cesse sous le regard des autres, faire face." "L’homme ignore beaucoup de ce qui se passe à la maison."
Heureusement, aujourd’hui, on ne traite plus les femmes de cette manière. Ou, si on tente de le faire, il y a une certaine réprobation. Les jeunes filles qui réussissent mieux que les garçons, à l’école, se forgent une bonne estime de soi, ce qui leur permet de revendiquer l’égalité au sein des emplois et face à leurs conjoints.
Je ne suis pas vraiment entré dans le sujet de cette étude sur le sens de l’honneur. Aussi je terminerais sur la spécificité des économies précapitalistes. Dans ces sociétés, l’échange marchand est tenu par d’autres règles que celles que nous appliquons, nous, modernes. Si on entre dans la question du don, on comprend qu’il est en relation avec le prestige et l’honneur. Ce qui est bien loin du calcul rationnel. Les dons servent ainsi à dissimuler ou faire disparaître l’intérêt. En ethnologie, on constate que le groupe, le clan et la famille élargie passent bien souvent avant l’intérêt personnel. Et ce qui est maximisé, ce n’est pas le profit économique, mais c’est le profit symbolique.
Ainsi "les rapports économiques ne sont pas davantage saisis et constitués en tant que tels, c’est-à-dire comme régie par la loi de l’intérêt, et demeurent toujours comme dissimulés sous le voile des relations de prestige et d’honneur. Tout se passe comme si cette société se refusait à regarder en face la réalité économique, à la saisir comme régie par des lois différentes de celles qui règlent les relations familiales. (…) "La logique du don n’est-elle pas une façon de surmonter ou de dissimuler les calculs d’intérêt?" Et "l’échange généreux ne tend-il pas à voiler la transaction intéressée?".
On comprend donc, avec le profit symbolique, que l’échange fait sous le rapport de l’honneur interdit que l’on conçoive les relations selon un calcul économique de rentabilité et de profit. Bref, il ne peut y avoir de capitalisme, d’économie de marché.
par Tory | le 2009-07-03 17:57:36 | PERMALIEN
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La violence moderne
La modernité, comme les périodes qui l’ont précédée, c’est penser en formulant un grand récit sur elle-même. Ce récit s’articule à partir des valeurs et idéaux suivants : la liberté, la responsabilité, l’égalité, la raison et ses progrès vers plus de justice et plus de confort matériel, sans oublier le développement de la science. Mais tout n’est pas si simple, puisqu’il existe tout de même des contradictions qui font naître des conflits d’où ressort la violence de ceux qui ne peuvent partager complètement ces objectifs idéaux.
Dans cette société, parce que nous partageons tous les mêmes projets, la violence est d’abord politique : violence contre les hommes politiques sous forme d’assassinats, violence contre les forces de l’ordre, contre les représentants de la justice ou contre l’État, plus abstraitement. La violence y a pratiquement toujours un sens. Le terrorisme est là pour en témoigner. Il vise toujours des politiques gouvernementales qui s’appliquent à certains groupes sociaux ou ethniques, pour ne pas dire religieux.
Ceux qui commettent des actes de violence appartiennent au même monde que ceux qui en sont la cible. Nous partageons quand même les mêmes idéaux. "Il y a dans la violence un espoir et, paradoxalement, les signes d'une appartenance au monde." Il y a l’espoir de renverser le pouvoir pour instaurer un état plus juste et plus équitable. En ce sens, la violence est porteuse de sens, puisqu’elle veut changer les choses pour le mieux.
Mais il existe une forme de violence postmoderne qui nie les anciens idéaux de la période antérieure. Le vingtième siècle a été si meurtrier que nous en sommes venus à rejeter les idéaux et aspirations de la modernité. Les trois dictatures modernes nous font comprendre que les hommes ont accepté, passivement la plupart du temps, de voir réduire leurs libertés. On le constate aussi aujourd’hui. Ce n’est pas tant la liberté qui est au centre des préoccupations des individus, mais plutôt la sécurité. Que si l’homme a des aspirations, la liberté n’est pas si essentielle que cela; c’est davantage la sécurité d’emploi, la sécurité financière et celle au sein de nos foyers qui nous importent. La liberté n’est plus un des grands idéaux.
Dans la tête des protagonistes des dernières tueries dans des écoles ou des lieux publics, ce n’est pas le pouvoir qui est visé, encore moins selon la logique d’un renversement d’un état de fait injuste. Non, ceux qui perdent la tête et tuent n’importe qui, agissent ainsi, car ils sentent que le monde leur est étranger et qu’ils y sont aussi, eux, étranger.
Qu’est-il arrivé au juste? Ce pourrait-il que la société ne fasse plus sens et n’en propose plus, sinon un relativiste des valeurs et un individualisme stérile.
"Pouvons-nous alors qualifier de postmoderne une violence sans autre objet que la société elle-même en tant qu'elle est là devant l'individu dans son absolu non-sens, fermée à toute possibilité de changement ? Cette expérience est celle du monde comme altérité radicale. La violence qu'elle engendre se déploie dans une société dépolitisée, sans passé ni avenir, privée d'utopies et sans projet pour elle-même. Elle s'exprime simplement comme refus du monde. "
par Tory | le 2009-06-27 18:59:06 | PERMALIEN
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L’anthropologie appliquée
L’anthropologie ne sert pas uniquement à étudier le comportement individuel et collectif dans les anciennes sociétés. Elle a des applications réelles et concrètes, hic et nunc (ici et maintenant). "Julie Delalande, anthropologue, nous raconte et analyse ce qui se passe dans une cour d’école. Ce lieu, constitué de coins et de cachettes, est l’un des premiers cadres d’apprentissage de la vie en société." Malheureusement, certains jeunes déviants acquièrent une grande influence sur certains autres enfants que l’on dit "suiveux". C’est donc très tôt que les comportements délinquants se forment et trouvent leurs origines. Certains diront qu’il y a toujours la famille qui permet une socialisation des enfants et des jeunes en général. Mais il semblerait que le rôle de la famille a évolué :
"Le rapport des familles à l’institution éducative a considérablement changé." "La famille-institution classique telle qu’elle subsiste encore de manière quasiment résiduelle dans nos sociétés, en tant que rouage de l’ordre social, " première cellule de la société ", prenait très au sérieux cette mission. Elle avait une vocation éducative dans un sens fondamental. Il s’agissait d’apprendre aux enfants l’existence en société. C’est quelque chose qui va très loin et qui ne se réduit pas aux règles élémentaires de coexistence avec ses semblables : cela consiste à se penser comme quelqu’un qui a une place dans la société avec un rôle à jouer et des devoirs y afférant.
La famille "désinstitutionnalisée" d’aujourd’hui, réduite à sa sphère privée, ne comprend même plus ce que cette tâche voulait dire. Les gens ne sont pas fous et mesurent très bien qu’il faut que leur enfant l’acquière, mais ils pensent que c’est à l’école et non à eux de le faire." (Marcel Gauchet)
Mais l’éducation au sein des familles a-t-elle vraiment changée? Il semblerait que oui. Il ne faut pas généraliser, mais autrefois, les classes populaires étaient très peu permissives, et mentionnaient à l’enfant que la vie était difficile. Par contre, les bourgeois étaient plus permissifs et moins sévères. Alors qu’aujourd’hui les bourgeois veulent contrôler l’écoute de la télévision par leurs enfants, ce n’est plus le cas des classes populaires ou des immigrants qui acceptent que leurs enfants passent beaucoup de temps devant le téléviseur, au détriment des travaux scolaires.
Finalement, quel est le véritable problème avec la transmission des savoirs et l’éducation?
"La famille, la tradition et l’autorité : le délitement de ces vecteurs essentiels de la transmission sociale et de la reproduction de la société seraient au principe d’une sorte d’impossibilité d’éduquer les jeunes générations."
par Tory | le 2009-06-07 21:00:30 | PERMALIEN
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http://pages.infinit.net/sauvage/1.mp3
par Tory | le 2009-05-27 22:31:16 | PERMALIEN
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James Connolly
J’aurais aimé trouver des textes et des essais de James Connolly, en français, sur internet, mais il semble qu’il n’y en a pas. Il y a tout de même cette adresse qui contient des articles en anglais :
http://www.marxists.org/archive/connolly/
"Marxiste, révolutionnaire, syndicaliste et Irlandais. C’est ainsi que l’on peut définir James Connolly (1868-1916). S’il fut un infatigable rédacteur d’articles et auteur d’essais, il fut aussi un militant proche des ouvriers dont il défendait la cause que ce soit en Écosse, aux États-Unis ou en Irlande."
Comparé à plusieurs auteurs socialistes, Connelly est celui qui m’apparaît être le plus concret et le plus accessible. Il prétend, entre autres choses, que l’indépendance politique ne serait exister sans l’indépendance économique. Et que cette indépendance économique doit s’affranchir de la finance qui retire trop de richesse de l’économie réelle. La finance, tel qu’elle se développe dans une économie capitaliste, sert certains intérêts, mais nuit au développement d’une économie saine. L’économie, débarrassée des banquiers et des bourses, pourrait fonctionner sur des bases coopératives et socialistes tout en intégrant l’innovation. Pourquoi l’innovation ? Parce que c’est le principal argument des libéraux. À savoir que s’il n’y a pas exclusivement l’entreprenariat, la propriété privée des moyens de production, l’innovation ne pourra pas s’effectuer. Ce qui est proposé dans ce cas-ci ce n’est pas ce qu’a conduit l’expérience soviétique. La petite propriété ne disparaîtra pas. Il faut donner une raison à certaines personnes de travailler, comme le fait de se sentir être son propre patron, de prendre des décisions au quotidien. Pour d’autres personnes, cette expérience importante (d’être patron) peut aussi se vivre collectivement sous forme de coopératives.
Donnons un exemple probant. Les résidences pour personnes âgées sont en majorité privée. Elles rapportent bien aux propriétaires, et trop souvent ceux-ci coupent sur les dépenses pour maximiser les profits, au détriment des résidents. Par ailleurs, l’embauche du personnel est problématique. Les salaires étant légèrement trop bas, la motivation des jeunes travailleuses est faible. La solution serait de transformer, dans un premier temps, une partie des résidences en coopératives. Il n’y aurait plus de profits, mais un fond de roulement pour payer toutes les dépenses, ce qui permettrait d’augmenter les salaires, afin d’attirer et surtout de retenir une équipe qualifiée et motivée. Cette équipe, débarrassée de l’obsession du profit, pourrait faire mieux au niveau de l’animation et des activités qui pourraient stimuler les personnes du troisième âge. Toutes les décisions seraient prises selon la majorité. Si l’expérience s’avère viable et bénéfique alors toutes les autres résidences deviendraient des coopératives. Évidemment, ceux qui voudront évoquer l’innovation et la compétitivité pour assurer la rentabilité n’auront plus de munitions avec leurs argumentations, car on ne risque pas de voir délocaliser ces emplois.
Bien d’autres secteurs de l’économie peuvent très bien fonctionner ainsi. Entre le capitalisme néolibéral et le communisme il y a un juste milieu, et celui-ci peut, entre autres, être le système coopératif.
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Socialism and nationalism
(…) "Non pas une république comme celle des Etats-Unis où le pouvoir de la bourse a établi une nouvelle tyrannie sous les dehors de la liberté; où cent ans après que la présence des dernières tuniques rouges britanniques ait cessé de souiller les rues de Boston, les propriétaires et les financiers britanniques imposent aux citoyens américains une servitude auprès de laquelle le fardeau qu’ils devaient supporter avant la Révolution n’était qu’une bagatelle.
Non! La République que je voudrais voir mes compatriotes prendre pour idéal devrait être d’une telle étoffe que son simple nom serait un phare pour les opprimés de tous les pays, la promesse sans cesse renouvelée de la liberté et de l’abondance pour prix de leurs efforts.
Pour le fermier, broyé entre l’avidité des propriétaires et la concurrence américaine comme entre deux meules; pour les salariés des villes qui souffrent des exactions du capitaliste esclavagiste; pour l’ouvrier agricole qui s’use à la tâche pour un salaire assurant à peine sa survie; en fait, pour chacun de ces millions d’ouvriers dont la misère sert de support à l’édifice si séduisant d’apparence qu’est norte civilisation moderne; pour tous ceux-ci, l’évocation de la République irlandaise pourrait devenir un point de ralliement pour le rebelle, un havre pour l’opprimé, un point de départ pour le socialiste prompt à s’enthousismer pour la cause de la liberté humaine."(…)
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"En Irlande, Connolly reste une figure emblématique du mouvement républicain. Aujourd’hui, encore dans la lutte pour la réunification de l’Irlande, les militants de l’Irish Republican Army (IRA — Armée républicaine irlandaise), se veulent les héritiers de Connolly et de 1916 en poursuivant la résistance à l’impérialisme britannique sur les mêmes bases socialistes et patriotiques."
par Tory | le 2009-05-22 01:54:32 | PERMALIEN
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L’action Humaine
Je dois maintenant revenir sur le volumineux livre de Von Mises, L’action humaine. J’ai mentionné que la première partie, la praéxologie, était sans aucune valeur réelle. Ce n’est pas le cas de la deuxième partie. On y découvre de grandes vérités sur l’individu et sur la société. Mais il y a aussi des erreurs qui nuisent grandement à la compréhension de l’essence de la société. Commençons par la plus évidente et la plus néfaste. "Selon les doctrines (…) du holisme, du collectivisme, et de certains représentants de la psychologie structuraliste, la société est une entité qui vit de sa vie propre, indépendante et séparée des vies des divers individus, agissant pour son propre compte, visant à ses fins à elle qui sont différentes des fins poursuivies par les individus." Cette assertion, Von Mises la conteste. Pour lui la société n’existe pas indépendamment des individus, donc, les buts de la société sont les mêmes que ceux de l’individu. Ce qui est grandement contestable. Il n’est pas non plus d’accord avec le fait qu’"afin de sauvegarder l'épanouissement et le développement futur de la société, il devient nécessaire de maîtriser l'égoïsme des individus, de les obliger à sacrifier leurs desseins égoïstes au bénéfice de la société". Pour qu’elle raison il n’est pas en accord avec cela vient du fait que l’école Autrichienne d’économie refuse que le gouvernement, principal acteur des buts de la société, n’intervient pour corriger les externalités qu’engendre l’économie de marché par ses représentants : la grande entreprise. Avec ironie et sarcasme, notre auteur dit que "toutes les doctrines globalistes (…)doivent admettre que la Providence, par ses prophètes, apôtres et chefs charismatiques forcent les hommes — qui sont mauvais dans leur nature, c'est-à-dire enclins à poursuivre leurs propres fins — à marcher dans les voies de droiture où le Seigneur, le Weltgeist (l’esprit du monde), ou l'Histoire, veut qu'ils cheminent. Ceux qui croient que l’individu doit primer sur la société sont enclins à ridiculiser leurs adversaires qui, socialistes ou autres, croient que la société doit imposer des règles, des freins à l’individu qui a, malheureusement, tendance à ne penser qu’à lui. Les tenants de l’économisme disent ainsi que les conceptions collectivistes ont le fâcheux défaut d’infantiliser les individus en prétendant qu’ils ne font pas toujours des choix rationnels. Et c’est ici que la faiblesse de l’analyse est évidente. Testons les faits avec la doctrine des libéraux.
Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, les femmes sont entrées sur le marché du travail, en participant à la production industrielle. Par la suite, ayant aimé leur degré d’autonomie avec leur salaire non négligeable, elles ont tenu à continuer à travailler. Le résultat est probant. L’économie fonctionna assez bien durant les Trentes glorieuses (1950-1980) du fait de la consommation de masse, à laquelle les femmes participaient. Le résultat aujourd’hui est que 75% du budget des familles est directement contrôlé par la femme. Malheureusement, il y a trop de vêtements et de produits de beauté inutiles achetés. On peut dire que l’homme, le mari, consomme lui aussi de manière insensée. Trop d’outils achetés qui ne servent pas, sinon que quelques fois. Des voitures trop coûteuses et trop souvent changées. Je ne crois pas que les décisions de consommation soient toujours rationnelles. Au contraire. Et c’est là qu’apparaît la faiblesse des conceptions des apôtres de l’individualisme. Non, le consommateur n’est pas guidé uniquement par des choix rationnels. Et la publicité est justement là pour inciter à des dépenses incongrues et aveugles, voire irrationnelles.
Pour cette raison et pour bien d’autres, la société est au-dessus de l’individu. Je le répète : elle se doit de réguler les décisions néfastes. Sinon, ce sera l’enfer écologique, à plus ou moins long terme. Et cela les libéraux et les économistes de toutes tendances le refusent. Et c’est bien dommage et contre-productif.
J’ai quand même mentionné que certaines considérations de Von Mises étaient intelligentes et justes. Donnons-lui la chance de nous le démontrer.
La plus grande découverte dans l’histoire de l’humanité, vecteur d’immense progrès, est la division du travail. C’est aussi ce qui a amené et généré la plus-value ou la valeur ajoutée, en d’autres mots. Et c’est ici que le bas blesse. Le capitaliste s’accapare la plus-value sans jamais véritablement travailler. Certes, il amène l’investissement et court des risques, mais ce profit pourrait être administré par les travailleurs, avec l’aide de spécialistes, et être réaloué dans l’investissement et dans des salaires plus élevés pour les coopérants. Il faut préciser que cette façon de faire, qui a démontré sa faisabilité, est loin d’être du communisme.
Mais pourquoi la division du travail est si importante?
Pour plusieurs raisons. Mais mentionnons les principales. La coopération. La solidarité. Je dois compter et apprécier le travail qui a été fait avant le mien. Je suis responsable de mon travail qui doit être bien fait pour que celui qui poursuit arrive à bien faire le sien. Etc. Le plus important est sans nul doute la sympathie. Le fait de me sentir lié à autrui. "Dans le cadre de la coopération sociale, peuvent émerger entre les membres de la société des sentiments de sympathie et d'amitié, un sentiment de commune appartenance. Ces sentiments sont la source, pour l'homme, de ses expériences les plus exquises et les plus sublimes ; ils sont les ornements les plus précieux de la vie, ils élèvent l'animal humain aux hauteurs de l'existence réellement humaine."
"La société, c'est l'action concertée, la coopération. Les actions qui ont fait apparaître la coopération sociale et qui la font réapparaître quotidiennement ne visent à rien d'autre que la coopération et l'entraide avec d'autres pour l'obtention de résultats définis (…). Le complexe entier des relations mutuelles créées par de telles actions concertées est appelé société. Il substitue la collaboration à l'existence isolée — au moins concevable — des individus. La société est division du travail et combinaison du travail. Dans sa fonction d'animal agissant, l'homme devient un animal social. L'individu humain naît dans un environnement socialement organisé. En ce sens seul nous pouvons accepter la formule courante, que la société est — logiquement et historiquement — antécédente à l'individu. La société n'est rien d'autre que la combinaison d'individus pour l'effort en coopération." Suit immédiatement après un commentaire qui me semble faux : "Toutefois ces sentiments ne sont pas, quoi qu'en ait cru certains, les agents qui ont engendré les relations sociales. Ils sont le fruit de la coopération sociale, ils ne s'épanouissent que dans son cadre ; ils n'ont pas précédé l'établissement des relations sociales (…)." Nous avons déjà mentionné que les animaux supérieurs ressentaient de la sympathie, pourtant il ne forme pas encore une société. Parce qu’"il ne faut jamais oublier que le trait caractéristique de la société humaine est la coopération intentionnelle (…). La société humaine est un phénomène spirituel et intellectuel". Étant donné qu’il y a pas de véritable société (coopération intentionnelle) chez les animaux, mais que la sympathie est présente, nous sommes obligés de conclure que la société n’engendre pas de la sympathie (elle l’encourage), c’est donc la sympathie qui vient avant la société. J’ai dit qu’il fallait donner la chance à cet économiste de nous prouver qu’il avait des choses précieuses à nous dire, mais malheureusement il se trompe aussi souvent qu’il a raison.
"Se demander si c'est l'individu ou la société qui doit être tenu pour la fin suprême, et si les intérêts de la société devraient être subordonnés à ceux des individus ou les intérêts des individus à ceux de la société, est sans fruit possible. L'action est toujours action d'hommes individuels." Au contraire, se questionner à ce sujet permet d’établir des ordres de priorité. Dans certaines situations, les intérêts des individus doivent être subordonnés à ceux de la société. Les penseurs qui sont contre l’interventionnisme oublient un détail. C’est que le droit protège très bien les individus contre l’abus des gouvernements liberticides. Les diverses chartes des droits individuels permettent de freiner les abus collectivistes. En cela les gouvernants ne sont pas tout puissants et aveugles. Ils ont des limites à ne pas franchir. Les pays où le rôle du citoyen n’est pas reconnu sont des pays qui n’ont pas de charte des droits. Ce n’est pas le cas au sein des gouvernements occidentaux. Les individus sont très bien protégés. Les appréhensions indues et la peur, dans ce cas, relèvent de la paranoïa et du délire de persécution. Les pays dits à gauche, avec gouvernements socialistes et interventionnistes sont les endroits où les citoyens se sentent le plus libre et protégé, excepté la question des impôts. Sous ces régimes, certains diront que les travailleurs sont spolier du fruit de leur travail par le prélèvement d’impôts élevés, mais, en fait, ceux-ci bénéficient largement de services qui compensent en retour.
Donnons à notre auteur le mot de la fin. "(…) Le travail effectué au sein de la division du travail est plus productif que le travail solitaire, et la raison humaine est capable de reconnaître cette vérité. Sans ces faits-là, les hommes seraient restés pour toujours des ennemis mortels les uns pour les autres, des rivaux irréconciliables dans leur effort pour s'assurer une part des trop rares ressources que la nature fournit comme moyens de subsistance. Chaque homme aurait été forcé de regarder tous les autres comme ses ennemis ; son désir intense de satisfaire ses appétits à lui l'aurait conduit à un conflit implacable avec tous ses voisins. Nulle sympathie ne pourrait se développer dans une situation pareille. (…) Dans un monde hypothétique où la division du travail n'augmenterait pas la productivité, il n'y aurait point de société. Il n'y aurait pas de sentiments de bienveillance et de bon vouloir. Le principe de la division du travail est l'un des grands principes de base du devenir cosmique et du changement évolutif."
par Tory | le 2009-05-16 20:23:35 | PERMALIEN
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La peur de la grippe porcine
Michel Chossudovsky
"Soutenue par la désinformation des médias, une atmosphère de peur et d'intimidation s'est propagée. Des situations " d'urgence " sanitaires ont été déclarées dans différentes régions des États-Unis.
Les médicaments les plus recherchés contre la grippe sont le Tamiflu et le Relenza. La course aux traitements a été déclenchée par le gouvernement des États-Unis en rendant disponibles ses réserves nationales " pour s'assurer que les fournisseurs de soins de santé soient prêts à toute éventuelle intensification. "
Le Tamiflu est fabriqué par la géante société pharmaceutique suisse Hoffman-La Roche pour le compte d'une entreprise de biotechnologie basée aux États-Unis, Gilead Sciences Inc. Alors que le médicament est fabriqué par Roche, il a été développé par Gilead Sciences Inc qui en détient les droits de propriété intellectuelle.
L’ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, était l'un des principaux actionnaires de Gilead Sciences Inc. En 1997, Rumsfeld a été nommé président de Gilead Sciences Inc, un poste qu'il a occupé jusqu’à ce qu’il devienne secrétaire de la Défense dans l'administration Bush en 2001. Rumsfeld était membre du conseil d'administration de Gilead en 1987.
Dans un reportage publié au plus fort de la crise de la grippe aviaire en 2005, Fortune Magazine a décrit Gilead comme l'une des entreprises les plus politiquement connectées dans le secteur de l'industrie biotechnologique. Les intérêts et/ou les avoirs de Rumsfeld dans Gilead à la suite de sa démission en 2006, ne sont pas connus.
Le prix de l'action de Gilead sur le New York Stock Exchange (NYSE) a augmenté considérablement depuis l'annonce de l'épidémie de grippe porcine au Mexique."
par Tory | le 2009-05-13 20:11:22 | PERMALIEN
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La misère du monde
Certains livres nous font du bien et nous aide à mettre en perspective notre propre situation. C’est le cas de l’ouvrage collective sous la direction de Pierre Bourdieu, La misère du monde. À prime abord, on peut penser qu’il sera question de la misère du tiers monde, mais ce n’est pas le cas. Il s’agit plutôt de la misère au sein des sociétés opulentes. Parce qu’effectivement cela existe. Il faut parler, dans ce cas, de petites misères récurentes et quotidiennes, mais qui n’en sont pas moins réelles. Comment la caractériser? Bourdieu emploie le terme de position, la misère de position. Mais il n’en dit rien ou, sinon, si peu. C’est au fil de la lecture des témoignages-interviews que l’on parvient à se faire une idée de cette forme de misère qui est somme toute assez fréquente.
Citons quelques exemples. Prenons le cas d’une institutrice qui enseigne au secondaire, disons de 12 à 17 ans. Au début de sa carrière, ses tâches de travail correspondait assez avec l’idée qu’elle se faisait de sa profession, avant d’y entrer. Dix ans plus tard les choses ont très mal tourné. Les enfants ne sont plus aussi disposés à recevoir l’enseignement. Ils sont turbulents, indisciplinés et ils ne comprennent plus que l’école est le tremplin vers le futur. Un futur où ils auront un bon travail qu’ils auront choisi et une vie sociale adaptée et épanouie. Pour ce qui est des parents de ces élèves, inutiles de les convoquer, ils ont abdiqué et ne s’occupent pas vraiment de l’éducation de leurs enfants. Ce qui place l’enseignante dans une position très inconfortable. On connaît la suite : perte de valorisation du métier d’enseignant, fatigue, dépression et malaise morale et psychologique. Ce qui nous donne une idée de la misère de position. Ce que cela signifie. La position que l’on occupe est devenue problématique puisque nos attentes sont frustrées et que nous vivons sur le registre de la déception. Certains diront que ce n’est pas une très grande et grave misère, mais n’empêche qu’elle est quotidienne donc obsédante. Donnons d’autres exemples.
Évidemment, impossible d’éviter de parler des logements sociaux, les HLM. Commencons par les gardiens suveillants de ces immeubles. Comme on s’en doute ils sont mal perçus par la jeunesse qui se compose assez souvent d’enfants d’immigrés, qui refusent de s’intégrer à la société dans son ensemble. Bien sûr ils voient la société de consommation et toute l’opulence, mais comme il s’imagine, quelquefois avec raison, que ceux qui profitent le plus de la richesse ne sont pas les plus honnêtes ils comprennent que d’aller en classe pour obtenir un travail ordinaire ne leur permettra pas de vivre dans le luxe. Il faut comprendre que les modèles de la télévision (vidéoclips) et de l’industrie de la musique rap font miroiter à la jeunesse que l’on peut sècher les cours et réussir amplement dans la vie. En cela ils sont des modèles négatifs. Ils démontrent que l’effort quotidien à l’école peut très bien être éviter. Mais laissons cette question. Revenons aux gardiens de HLM. Son travail consiste à assurer la sécurité des lieux pour l’ensemble des résidents qui ont droit à la tranquilité. Pour les jeunes qui restent tard dans les entrées et qui font du grabuge, les gardiens représentent une forme de police. Ceux-ci se font insulter et les adolescents et les jeunes adultes ne les respectent pas, quand ce n’est pas qu’ils se font menacer ou agresser. On comprend bien que ce travail de surveillance n’est pas idéal. Et il est fort à parier que ces travailleurs ne s’étaient pas imaginés gagner leur vie dans ces conditions. Il y a là encore une misère de position.
Inutile de continuer à énumérer les cas que l’on retrouve dans La misère du monde. Terminons plutôt sur un texte que l’on retrouve dans La distinction. Celui-ci nous indique qu’est-ce qui se produit pour les gens qui vivent cette forme de misère. Ils s’adaptent en revoyant à la baisse leurs exigences de jeunesse pour retrouver un certain bien-être et une paix de l’esprit.
"Le vieillissement social n’est pas autre chose que ce lent travail de deuil ou, si l’on préfère, de désinvestissement (socialement assisté et encouragé) qui porte les agents à ajuster leurs aspirations à leurs chances objectives, les conduisant ainsi à épouser leur condition, à devenir ce qu’ils sont, à se contenter de ce qu’ils ont, fût-ce en travaillant à se tromper eux-mêmes sur ce qu’ils sont et sur ce qu’ils ont, avec la complicité collective, à faire leur deuil de tous possibles latéraux, peu à peu abandonnés sur le chemin, et de toutes les espérances reconnues comme irréalisables à force d’être restées irréalisées."
par Tory | le 2009-05-07 20:18:06 | PERMALIEN
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Déviance et délinquance
De manière indue on considérait habituellement par le passé que la délinquance juvénile était le lot de "sous-culture des milieux désavantagés" ou pauvres. On réservait ainsi l’appellation de déviance pour les enfants de famille riche, puisque lorsqu’il y avait méfait et acte délictieux, la famille fortunée réglait le problème en envoyant le délinquant en institution privée, chez un parent qui pouvait offrir du travail ou même dans les colonies en s’enrôlant dans l’armée. Autrement dit, "la délinquance était connue de la société, tandis que la déviance était traitée à l'intérieur de la cellule familiale".
Ainsi, "la délinquance des enfants des familles à l'aise a été systématiquement camouflée. On enfermait le " mouton noir " dans un internat privé, spécialisé dans l'éducation des " têtes fortes " ; on lui faisait subir ensuite un entraînement dans l'armée et quand tout cela s'avérait insuffisant, on l'expédiait finalement dans les colonies". Autrement dit, les délinquants des familles privilégiées ne se rencontraient jamais face à face avec la société.
Aujourd’hui on considère les choses autrement. On réserve le terme de déviance ou d’enfance malheureuse pour les problèmes que rencontrent les moins de 14 ans. De délinquance pour ceux de 15 ans à 21 ans et de criminalité pour les récidivistes de plus de 21 ans. Ce qui fait que la déviance est devenue un problème social nous pousse à concevoir qu’une éducation familiale négligente peut être du ressort et de la responsabilité de la société du fait que certains parents ne sont pas outillés pour prendre adéquatement soin des enfants : ne devient pas parent qui le veut.
Par ailleurs, il faut distinguer la délinquance de la criminalité. " Au niveau de l'homme de 25 ans ayant un passé criminel, il faut d'abord détruire un passé pour construire un avenir ; au niveau de l'adolescent de 15, 16 ou 18 ans, il ne s'agit que de traitement." Lorsque l’on parle de traitement cela nous amène à la pensée de la défense sociale. Pensée qui a mûri et germé après la Deuxième Guerre mondiale, mais surtout dans les années soixante-dix. Celle-ci dit à peu près ceci : "Il est impossible, en effet, de continuer à considérer que la cellule familiale, déficiente en raison de plusieurs facteurs sociaux reliés à la transformation très rapide des modes d'existence urbaine et rurale, puisse assumer, comme par le passé, toutes ses responsabilités à l'égard de l'enfance. D'ailleurs, plusieurs de ces responsabilités lui sont déjà enlevées par le système de l'éducation publique et gratuite, comme par les divers services médicaux et sociaux et les contrôles administratifs."
Il faut donc considérer que la déviance peut être un trouble de la personnalité aggravée par le milieu parental ou scolaire, une crise de croissance ou encore la recherche éperdue de valeurs. "La jeunesse actuelle utilise les comportements considérés comme délinquants, comme une arme contre l'autorité d'une société qui ne trouve plus d'idéal à lui proposer, en dehors de celui de la soumission aux objectifs du matérialisme et d'un univers peuplé de machines et prêt à créer les robots de demain." "La délinquance juvénile est, en effet, un phénomène totalement distinct de la criminalité adulte et il ne peut s'agir à ce niveau d'un délinquant en puissance, mais surtout et avant tout, d'un jeune dont le traitement constitue un investissement social de première importance. Par opposition au concept de réhabilitation des adultes, apparaît celui de la formation du mineur qui est un pari que toute société doit relever, même s'il exige des sacrifices et la remise en cause de toute la conception légale de la délinquance et de la criminalité, par opposition à la conception sociale de la déviance, soit de troubles de personnalité d'un être jeune, liés à sa croissance et à son besoin désespéré d'une aide et d'une assistance pleinement valables que sa propre famille ne parvient pas à lui assurer."
par Tory | le 2009-04-22 21:36:28 | PERMALIEN
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Les Harmonies économiques (Suite)
Dans cet ouvrage de Frédéric Bastiat on retrouve des propos fort pertinants, mais d’autres facétieux. Jetons-y un dernier coup d’œil.
Pour notre auteur l’homme est une force libre. Il peut donc choisir. Mais parce qu’il peut choisir, il peut se tromper, commettre des erreurs, et ainsi souffrir. Or cette souffrance nous fait prendre conscience de nos égarements et amène la responsabilité. Elle nous ramène dans la voie du bien et de la vérité. "Ainsi, non-seulement nous ne nions pas le Mal, mais nous lui reconnaissons une mission, dans l'ordre social(…) " Tout cela est bien, mais c’est par la suite que cela se gâte. "Mais pour qu'il (le mal) la remplisse cette mission, il ne faut pas étendre artificiellement la Solidarité de manière à détruire la Responsabilité (…) " Justement, qu’est-ce qui nous prouve que la solidarité détruit ou nuit à la responsabilité? Vraiment étrange comme point de vue. Sans compter que tous ceux qui veulent limiter l’action des gouvernements en viennent tous à ressasser cette même propositon fausse : que la solidarité n’est pas compatible avec la responsabilité. Ainsi dans cette optique les institutions gouvernementales crénte une solidarité factice en enlevant aux uns pour donner aux autres. On devine assez bien les véritables raisons qui tentent de ce cacher sous ce type d’argumentaire : ceux qui emploient ses raisonnements ne veulent tout simplement pas participer à l’effort de solidarité en ne payant pas d’impôts ou de taxes. Comme ce n’est pas très noble ou avouable il se réfugie sous des raisons factices. Il invente une théorie sur les libertés. "Or, c'est précisément là la tendance non-seulement de la plupart de nos institutions gouvernementales, mais encore et surtout de celles qu'on cherche à faire prévaloir comme remèdes aux maux qui nous affligent. Sous le philanthropique prétexte de développer entre les hommes une Solidarité factice, on rend la Responsabilité de plus en plus inerte et inefficace. On altère, par une intervention abusive de la force publique, le rapport du travail à sa récompense, on trouble les lois de l'industrie et de l'échange(…) "
En faveur d’un État exclusivement régalien Bastiat dit ceci : "La science politique consiste à discerner ce qui doit être ou ce qui ne doit pas être dans les attributions de l'État; et, pour faire ce grand départ, il ne faut pas perdre de vue que l'État agit toujours par l'intermédiaire de la Force. Il impose tout à la fois et les services qu'il rend et les services qu'il se fait payer en retour sous le nom de contributions. La question revient donc à ceci: Quelles sont les choses que les hommes ont le droit de s'imposer les uns aux autres par la force? Or, je n'en sais qu'une dans ce cas, c'est la justice. Je n'ai pas le droit de forcer qui que ce soit à être religieux, charitable, instruit, laborieux; mais j'ai le droit de le forcer à être Juste; c'est le cas de légitime défense." L’État a donc comme prérogative et principale fonction de faire respecter la loi, l’ordre et la sécurité uniquement. Les seuls fonctionnaires, outre les politiciens, seront les juges et les forces de l’ordre. Un État minimal comme programme politique qu’adopteront plus tard les libertariens. Rien de très enthousiasmant, mais continuons tout de même.
Pour ce qui en est de la question des associations, l’auteur propose qu’elles soient volontaires, mais d’un autre côté il est contre la réglementation du travail. On se demande alors à quoi servirait une association syndicale si elle ne parvenait pas à instituer des règles qui régissent le travail. Il faut dire que derrière le travail se pose une autre problématique très importante : la question des retraites et des pensions. Nous travaillons pour subsister, pour profiter du confort, mais surtout pour pouvoir cesser de travailler lorsque nos facultés déclineront et que nous manquerons de l’énergie et de la force nécessaire pour être autonome. De prétendre pouvoir s’organiser de manière volontaire pour gérer nos économies et pouvoir les faire fructifier est bien naif. C’est à la fin du 19ième siècle que furent découverts les calculs qui permirent, grace à l’épargne capitalisé, de prévoir les montants nécessaires à soustraire sur chaque paye pour qu’au moment de la retraite nous puissions avoir le nécessaire et un certain confort ou pour palier aux imprévus. Aucun travailleur n’est compétent pour faire ce type de calcul. Il faut qu’un organisme, de préférence gouvernemental, s’occupe de cette tâche. Certains diront bêtement que les entreprises peuvent jouer ce rôle. Et non. On voit bien ce qui arrive lorsqu’une compagnie fait faillite. Elle emporte avec elle, dans la débâcle, le fond de pension des travailleurs.
Les pouvoirs publiques n’ont pas uniquement à s’occuper de la loi et l’ordre, il faut aussi qu’ils assument certaines autres tâches qui ne sont pas du ressort des entreprises qui, elles, sont là pour maximiser les profits. Les auteurs comme Bastiat sont brillants et convaincants, mais évitent d’observer les faits sereinement, sans idéologie.
Ces auteurs, qui se disent économistes, ont tout de même des propos valables : "il faut pourtant bien reconnaître que la société est une organisation qui a pour élément un agent intelligent, moral, doué de libre arbitre et perfectible. Si vous en ôtez la liberté, ce n'est plus qu'un triste et grossier mécanisme". Mais ce sont des évidences que personne ne penserait réfuter.
Revenons encore aux lois sociales naturelles. Sa thèse qui peut paraître simplificatrice à l’extrême est en fait très cohérente. Il ne dit pas que les lois sociales sont par essence harmoniques, mais elles le deviennent par tâtonnement. "Quand donc nous parlons d'harmonie, nous n'entendons pas dire que l'arrangement naturel du monde social soit tel que l'erreur et le vice en aient été exclus; soutenir cette thèse en face des faits, ce serait pousser jusqu'à la folie la manie du système. Pour que l'harmonie fût sans dissonance, il faudrait ou que l'homme n'eût pas de libre arbitre, ou qu'il fût infaillible. Nous disons seulement ceci: les grandes tendances sociales sont harmoniques, en ce que, toute erreur menant à une déception et tout vice à un châtiment, les dissonances tendent incessamment à disparaître." Ce qui peut aussi créer une forme d’harmonie provient du fait que la sympathie est présente dans dans les sentiments de l’homme. " (…)Les phénomènes du principe sympathique (sont) aussi naturel au cœur de l'homme que le principe de l'intérêt personnel." Voilà ce qui nous rassure tout de même un peu. Mais évidemment, cette sympathie doit demeurer privée et individuelle. Pas question selon notre auteur d’utiliser cette forme de générosité collectivement. De prélever certaines sommes pour que le travailleur sans emploi momentanément puisse se réorganiser pour retrouver un travail. Aucune chance pour les perdants puisque selon ces raisonnements, un peu mesquins, le sort d’une personne ne repose qu’uniquement sur sa responsabilité. À lui d’avoir choisi le bon métier qui sera pour toute sa vie en demande. Les choses sont plus complexes qu’à l’époque où Bastiat écrivait (1849). Étant donné le déplacement incessant des capitaux qu’a engendré la mondialisation, on doit admettre que les choses vont beaucoup plus rapidement que par le passé. On peut choisir un jour de prendre une formation d’ingénieur en électronique et découvrir quelques années plus tard que les firmes qui promettaient un avenir dans ce domaine ont maintenant choisie que ces opérations se feront dans d’autres pays où les individus ont aussi reçu cette formation. L’étudiant en électronique avait pourtant pris son avenir en main et a été responsable, mais l’état du marché ne lui sourit plus.
Nous pouvons donc nous rendre compte que les découvertes et la pensée des premiers économistes demandent des nuances et des ajustements. Nul doute qu’il en va de même avec les économistes contemporains, étant donné que la "science" économique est souvent trop dogmatique. Nous l’avons vu avec la prémisse qui prétend que la solidarité nuit à la responsabilité.
Continuons tout de même. Le texte apporte une drôle d’idée qui ne sera probablement pas reprise par les successeurs de Bastiat. C’est la suivante : au cœur de l’activité humaine il y a successivement le besoin-l’effort-la satisfaction. Ces trois termes ne reposent pas essentiellement dans l’individu. Certes oui pour le besoin et la satisfaction, qui sont dans l’individu, mais pas nécessairement pour ce qui en est de l’effort. La société étant basée sur l’échange prioritairement, nous devons énormément de satisfaction à l’effort des autres. "Ceci nous avertit que ce n'est ni dans les besoins ni dans les satisfactions, phénomènes essentiellement personnels et intransmissibles, mais dans la nature du terme moyen, des Efforts humains, qu'il faut chercher le principe social, l'origine de l'économie politique." C’est effectivement une idée très intéressante. Dommage qu’elle n’a pas eu de postérité. "C'est, en effet, cette faculté donnée aux hommes, et aux hommes seuls, entre toutes les créatures, de travailler les uns pour les autres; c'est cette transmission d'efforts, cet échange de services, avec toutes les combinaisons compliquées et infinies auxquelles il donne lieu à travers le temps et l'espace, c'est là précisément ce qui constitue la science économique, en montre l'origine et en détermine les limites."
Un exemple nous le fera mieux comprendre.
"Forment le domaine de l'économie politique tout effort susceptible de satisfaire, à charge de retour, les besoins d'une personne autre que celle qui l'a accompli, — et, par suite, les besoins et satisfactions relatifs à cette nature d'efforts.
Ainsi, l'action de respirer, quoiqu'elle contienne les trois termes qui constituent le phénomène économique, n'appartient pourtant pas à cette science et l'on en voit la raison: c'est qu'il s'agit ici d'un ensemble de faits dans lequel non-seulement les deux extrêmes: besoin et satisfaction, sont intransmissibles (ils le sont toujours), mais où le terme moyen, l'Effort, est intransmissible aussi. Nous n'invoquons l'assistance de personne pour respirer; il n'y a là ni service à recevoir ni service à rendre; il y un fait individuel par nature et non social, qui ne peut, par conséquent, entrer dans une science toute de relation, comme l'indique son nom même.
Mais que, dans des circonstances particulières, des hommes aient à s'entr'aider pour respirer, comme lorsqu'un ouvrier descend dans une cloche à plongeur, ou quand un médecin agit sur l'appareil pulmonaire, ou quand la police prend des mesures pour purifier l'air; alors il y a un besoin satisfait par l'effort d'une autre personne que celle qui l'éprouve, il y a service rendu, et la respiration même entre, sous ce rapport du moins, quant à l'assistance et à la rémunération, dans le cercle de l'économie politique."
C’est ainsi que l’économie peut être défini comme étant la théorie de l’échange et de la valeur.
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Pour ne pas surcharger le texte, j’arrête ici ce résumé incomplet. Par contre, ceux qui voudraient avoir Les Harmonies économiques, je peux vous le faire parvenir en document Word.
par Tory | le 2009-04-05 19:50:30 | PERMALIEN
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Les harmonies
C’est durant notre jeunesse que nous sommes remplis d’idéaux. Nous voulons changer le monde parce qu’il nous paraît injuste dans l’état où il se trouve. C’est aussi à cette époque de notre vie que nous sommes attirés par la littérature socialiste. Ou devrait-on plutôt dire vers les auteurs qui s’indignent fortement devant les rapports entre êtres humains, qui leur semble souillé exclusivement par l’intérêt personnel.
Pour cette raison Frédéric Bastiat a entrepris d’écrire un ouvrage qui s’adresse aux jeunes gens, pour qu’ils ne soient pas dévoyés par les considérations utopiques, qui ont toutes pour prémisse que le monde est dysfonctionnel et antagonique. Le principe de base auquel Bastiat nous demande d’adhérer est le fait que l’échange entre les différents agents amène de l’harmonie. Qu’au fil des échanges, nous en venons à comprendre que pour réussir à combler notre désir d’agir selon nos intérêts propres, il faut admettre qu’il y a des règles du jeu que l’on se doit de respecter, si l’on veut parvenir à réaliser nos objectifs. Ce qui entraine de la cohésion.
Avant de continuer, retournons en arrière dans son texte.
Le titre de l’ouvrage étant les Harmonies économiques, qu’entend-il par cette proposition ? Il dit ceci : " je voudrais vous mettre sur la voie de cette vérité: tous les intérêts légitimes sont harmoniques". Évidemment, la clef du problème réside dans le mot légitime, car il n’est pas vrai que tous les intérêts sont harmoniques. On a qu’à penser aux prédateurs qui s’emploient à s’approprier un patrimoine non suveillé. C’est-à-dire, à la fois le bandit voleur, à la fois le tradeur ou le président d’une compagnie qui est prêt à tout pour présenter un bilan impressionnant afin d’obtenir davantage de stock options pour augmenter ses rémunérations. Donc, il faut absolument dire les intérêts légitimes sinon nous serions obligés de refuser sa vérité en raison de l’assez grande proportion de prédateurs qui font énormément de mal à la société. Les intérêts déboucheront sur l’harmonie ou sur l’antagonisme selon qu’ils sont légitimes ou non.
Évidemment, on s’attendait à voir encore et toujours le même raisonnement qu’emploiera le prestigieux Hayek pour disqualifier l’interventionnisme-socialiste. Qui dit ceci : il y a hamonie quand il y a liberté (ce qui veut aussi dire laissez-faire), il y a antagonisme lorsqu’il y a contrainte. Il faut, en ce sens, "s'abstenir de contrarier et de déplacer les intérêts". Aux yeux de Bastiat les socialistes de toute tendance voudront réduire les libertés pour instaurer une forme de contrainte qui modifiera les intérêts. "La Contrainte peut se manifester, au contraire, par des formes et selon des vues en nombre infini. Les écoles qui partent de cette donnée: Les intérêts sont antagoniques, n'ont donc encore rien fait pour la solution du problème, si ce n'est qu'elles ont exclu la Liberté. Il leur reste encore à chercher, parmi les formes infinies de la Contrainte, quelle est la bonne, si tant est qu'une le soit. Et puis, pour dernière difficulté, il leur restera à faire accepter universellement par des hommes, par des agents libres, cette forme préférée de la Contrainte."
Ce qui aura pour conséquence d’instaurer un ordre social artificiel. Et "il est clair que les socialistes n'ont pu se mettre en quête d'une organisation artificielle que parce qu'ils ont jugé l'organisation naturelle mauvaise ou insuffisante".
Ce qui nous amène à l’état de nature que Rousseau affectionnait. Il est clair et il n’y a nul doute pour Bastiat que l’état de nature est une vu de l’esprit puisqu’aucun homme n’a jamais vécu véritablement en solitaire. Les êtres humains étant grégaires ils ont eu depuis toujours à se plier à des règles de conduite strictes qu’impose le groupe. Il n’y a donc pas d’état qui précède la vie collective et qui serait idyllique. Ce qui veut aussi dire, par le fait même, que la société n’a pas nécessairement corrompu l’homme, le rendant égoïste et vaniteux, par exemple. C’est un point de vu qui se défend. Mais soyons tout de même sceptiques. Il n’y a peut-être jamais eu d’état de nature, sauf qu’avec la complexivité de la société sont apparus des comportements de prédation qui peuvent ne pas être punis si l’on ne se fait pas prendre. Alors qu’auparavant, dans un état antérieur du développement de la société, au sein du groupe il était interdit et puni d’avoir ce genre de comportement.
Revenons au propos de l’auteur. Il suppose que la vie en société est naturellement harmonique du fait des échanges qui demandent de respecter les règles de réciprocité et d’équité. Pour lui les tenants du socialisme errent lorsque ceux-ci disent que l’état naturel de la société est plein d’antagonisme. Comme pour les libéraux, il considère que l’intérêt personnel ne nuit pas à l’intérêt général. Encore ici il faut douter. Cette façon de voir le problème ne correspond pas toujours aux faits observés. Si une forte majorité agit en ne nuisant pas à l’intérêt général, il existe tout de même une minorité qui nuit excessivement au but de la société qui est d’éviter les conflits et la nuisance. Sa thèse étant la suivante : comme les relations sont harmonieuses au sein des échanges il n’est pas nécessaire d’intervenir sur l’intérêt des particuliers. Il ne sert donc à rien comme le veulent les réformateurs de changer la société. D’autant plus que l’on ne sait pas par quoi l’a remplacé. Et que si l’on essaie, cela risque d’être encore plus grave que la situation présente. On ne peut pas être plus conservateur. Il faut dire aussi que les socialistes contemporains ne sont plus ceux des grands écrits de la tradition. Ils ne recherchent pas à changer la société, mais à la réformer. J’ai déjà dit ailleurs que le travail est une des occupations fondamentales depuis quelques siècles, parce qu’il permet d’accéder à la société de consommation. Pour être plus précis, avant il existait le travail, aujourd’hui c’est devenu l’emploi. On peut travailler comme bénévole, mais ne pas avoir d’emploi. Ce qui fait que l’on n'est pas rémunéré pour le travail que nous fournissons à la société. Et c’est justement une des priorités des socialistes. De pouvoir reconnaître ce travail et le rémunérer. Mais c’est une autre histoire.
Selon Bastiat les utopistes voient partout des antagonismes. "Aussi ils ont vu l'antagonisme partout: entre le propriétaire et le prolétaire, entre le capital et le travail, entre le peuple et la bourgeoisie, entre l'agriculture et la fabrique, entre le campagnard et le citadin, entre le producteur et le consommateur." "Et ceci explique comment il se fait qu'encore une sorte de philanthropie sentimentaliste habite leur cœur. Chacun d'eux réserve tout son amour pour la société qu'il a rêvé ; mais quant à celle où il nous a été donné de vivre, elle ne saurait s'écrouler trop tôt à leur gré, afin que sur ses débris s'élève la Jérusalem nouvelle." Voulant distinguer le socialisme de l’économie politique il dit : "Ce qui sépare profondément les deux écoles, c'est la différence des méthodes. L'une, comme l'astrologie et l'alchimie, procède par l'Imagination; l'autre, comme l'astronomie et la chimie, procède par l'Observation." C’est une critique que reprendront les successeurs de Bastiat. "Deux astronomes, observant le même fait, peuvent ne pas arriver au même résultat. Malgré cette dissidence passagère, ils se sentent liés par le procédé commun qui tôt ou tard la fera cesser. Ils se reconnaissent de la même communion. Mais entre l'astronome qui observe et l'astrologue qui imagine, l'abîme est infranchissable, encore que, par hasard, ils se puissent quelquefois rencontrer. Il en est ainsi de l'économie politique et du Socialisme." Ou encore : "les Économistes observent l'homme, les lois de son organisation et les rapports sociaux qui résultent de ces lois. Les Socialistes imaginent une société de fantaisie et ensuite un cœur humain assorti à cette société".
C’est peut-être une prémonition, mais les auteurs socialistes prédisent que la société se dirige droit vers un mur si elle ne se réforme pas et ne s’améliore pas. "Enfin, ils vont bien plus loin encore. Ils s'en prennent à la société elle-même, ils menacent de la détruire pour la refaire, — et pourquoi? Parce que, disent-ils, il est prouvé par la science que la société actuelle est poussée vers un abîme." Chose certaine à encourager l’égoïsme, ce n’est sûrement pas la meilleure avenue pour le futur, si on se préoccupe de ce que l’on va laisser à nos successeurs.
Évidemment, la conclusion des économistes est la liberté. Ou l’assujettissement de ceux qui n’ont que leur force de travail pour subsister. On sent bien qu’il y a une forme de malhonnêteté à prétendre qu’on défend la liberté. Et bien de la naïveté à prétendre que "les intérêts, abandonnés à eux-mêmes, tendent à des combinaisons harmoniques, à la prépondérance progressive du bien général".
Enfin, il me semble qu’il se trahit : "l'idée dominante de cet écrit, l'harmonie des intérêts, est simple. La simplicité n'est-elle pas la pierre de touche de la vérité?" Justement non. Ce n’est pas d’un théorème qu’il s’agit, mais de la complexité de la société.
Par ailleurs, il peut nous sembler que les économistes sont toujours trop optimistes. "— Voilà bien, direz-vous, l'optimisme des économistes! Ils sont tellement esclaves de leurs propres systèmes, qu'ils ferment les yeux (…). En face de toutes les misères, de toutes les injustices, de toutes les oppressions qui désolent l'humanité, ils nient imperturbablement le mal. L'odeur de la poudre des insurrections n'atteint pas leurs sens blasés; les pavés des barricades n'ont pas pour eux de langage; et la société s'écroulera qu'ils répéteront encore: " Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes." "
par Tory | le 2009-03-17 22:37:14 | PERMALIEN
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Les renseignements
Avec l’essor du développement de l’État moderne, les services de renseignements sont devenus vitaux. On distingue deux formes de renseignement : le renseignement intérieur (FBI, MI5) et le renseignement extérieur (CIA, MI6)
Mais comment définirait-on le renseignement? "C’est le rôle du renseignement d’extraire la certitude de l’incertitude et de faciliter une décision cohérente dans un environnement incohérent.
Par ailleurs, comment légitime-t-on la nécessité des services de renseignement? "La spécificité des services de renseignement est étroitement liée à l’État. Le pouvoir de l’État, caractérisé selon le sociologue Max Weber par la détention du monopole de la violence physique légitime, confère à ses services un statut particulier" dans l’anticipation de la violence potentielle et dans sa neutralisation.
par Tory | le 2009-03-11 20:10:15 | PERMALIEN
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Les mensonges de l’économie
John Kenneth Galbraith, célèbre économiste américain, est l’auteur de Le capitalisme américain (1958), L’ère de l’opulence (1961) et Le nouvel État industriel (1967). Une de ses principales tâches fut de décrire l’avenir des sociétés industrielles. Il est bien loin d’attribuer au seul régime soviétique le rôle de planificateur dans l’organisation économique. Pour lui il y a autant de planification en régime capitalisme moderne. En cela il rejoint la position de Raymond Aron. Qui dit planification dit aussi, par le fait même, contrôle des prix. C’est que comme les grandes firmes investissent d’énormes capitaux pour standardiser et produire à grande échelle des biens de consommation, il ne serait pas logique de permettre la fixation des prix par le mécanisme de l’offre et de la demande. Ce serait trop risqué du point de vue de la rentabilité de l’entreprise. Il se peut qu’après quelques années les prix en viennent à se fixer librement, mais il ne serait en être question au début de la première période de production. Il faut avant tout qu’il y ait eu un fort retour sur investissement pour que l’entreprise redémarre une série de nouveaux investissements pour lancer un nouveau produit. À partir de ce moment, les anciens produits peuvent diminuer au niveau de leurs prix. Il est donc évident que l’État, le gouvernement, joue un rôle actif dans l’achat de matériaux à la fine pointe de la technologie : électronique stratégique et armement, etc.
Quittons cette question importante pour entrer dans le dernier essai de Galbraith, Les mensonges de l’économie. Voyons comment il décrit le mensonge. "Cet essai se propose de montrer comment, en fonction des pressions financières et politiques ou des modes du moment, les systèmes économiques et politiques cultivent leur propre version de la vérité. Une version qui n’entretient aucune relation nécessaire avec le réel." Si le titre de l’ouvrage est prometteur, s’il suscite chez le lecteur de grandes attentes, il faut dire toutefois que le résultat déçoit un peu. Ce n’est pas dans la tradition américaine des chercheurs et des penseurs d’être porté par la spéculation. Au contraire, les auteurs américains sont presque toujours terre-à-terre, pratique. Il y a peu de grandes envolées dans leur description du fonctionnement de la société. Mais procédons tout de même.
Les mensonges
Galbraith débute son analyse en se questionnant sur les raisons du mensonge. Qu’est-ce qui explique que des agents particuliers (journalistes, vulgarisateurs, professeurs et économistes) colportent à ce point une version, une vision de la chose économique qui est si biaisée, déformée ? Est-ce innocemment et naïvement qu’ils perpétuent des postulats erronés qui ne correspondent pas avec la réalité des faits concrets et de l’expérience ? Il n’apporte pas vraiment de réponses à ces questions, sinon pour mentionner ce qu’il dit plus haut. Soit que les pressions financières et politiques amènent une certaine version de la compréhension des phénomènes économiques qui servent à maintenir la domination d’une classe d’individus qui possèdent les moyens de production et le grand capital.
Le mensonge par excellence est le tout premier mensonge. Il concerne le capitalisme lui-même. Le terme capitalisme a eu au vingtième siècle une mauvaise réputation du fait des monopoles qui fixent les prix, de l’alternance de surproduction et de chômage de masse, de spéculation immobilière et boursière et de surinflation. On trouva donc un nouveau terme : économie de marché. Mais le terme est un leurre, car qu’est-ce qu’un marché ? Ce serait un lieu de médiation entre l’offre et la demande dans lequel le principal bénéficiaire serait le consommateur. On dit ainsi que la fixation du prix du travail provient de la demande solvable du consommateur. Une belle entourloupette qui propose que la rémunération ne provient pas du patron, mais de l’acheteur de biens de consommation. On escamote ainsi la découverte de Marx, de la plus-value que confisque le détenteur de capitaux en ne rémunérant pas l’ouvrier selon la valeur de sa production. Que ce soit l’économie de marché ou le régime de la libre entreprise, on se doit de cacher et de soustraire à la réflexion le véritable fonctionnement de l’économie, pour maintenir en place l’assentiment des travailleurs envers le système. Pour Galbraith il serait plus judicieux de dire que "la vie économique moderne est dominée par la société anonyme, et par le transfert du pouvoir, au sein de cette entité, de ses propriétaires les actionnaires, aujourd’hui plus élégamment nommés investisseurs, à ses cadres de direction. Telle est la dynamique de la vie d’entreprise. Les directeurs doivent l’emporter." Dans le nouvel État industriel il parlera de la technostructure comme étant le véritable centre de pouvoir de gestion, de planification et de décision.
On ne peut donc pas dire qu’en économie de marché c’est le client qui prime, qui est roi et absolument libre, car "aucun industriel important n’introduit un nouveau produit sans en stimuler la demande. Aucun ne se prive d’influencer et de soutenir la demande d’un produit existant. Intervient ici le monde de la publicité et des techniques commerciales, de la télévision, de la manipulation du consommateur. Et la souveraineté du client en pâtit."
"On croit aujourd’hui qu’une entreprise, un capitaliste n’a, à titre individuel, aucun pouvoir; en réalité, le marché est habilement géré dans tous ses aspects. Mais on ne le dit pas, même dans la plupart des cours d’économie. Voilà le mensonge."
Le deuxième mensonge concerne le travail. Il faudrait utiliser 3 termes différents pour bien décrire la situation. Le premier terme pourrait être le labeur, pour caractériser les conditions difficiles que vivent certains ouvriers. Bien loin de se réaliser intellectuellement certaines tâches sont complètement abrutissantes, voire inhumaines. Pour d'autres, le terme travail s’applique bien puisqu’il est neutre. C’est-à-dire que l’exécution n’est pas trop pénible et le salaire quand même satisfaisant. Le troisième terme pourrait être la réalisation. Au sens où le travail apporte de la satisfaction, un certain développement intellectuel. Ce sont souvent ces tâches qui sont le mieux rémunérées. Je pense, par exemple, au cas d’un avocat célèbre qui possède la notoriété et qui fonde le revenu de son année sur 2 ou 3 grandes causes très rémunératrices et qui représente un défi intéressant, même si dans certain cas les causes qu’il défend ne sont pas tous respectables. Comme il y a plusieurs types de travailleur, il y a deux droits distincts : celui des pauvres et celui des riches. "Le travail est jugé essentiel pour les pauvres. S’en affranchir est louable pour les riches." "Le loisir est une option acceptable pour les riches, mais reste un risque moral pour les pauvres." "Donc, si l’oisiveté est bonne pour une certaine classe aux Etats-Unis et dans les pays avancés, elle est en général condamnée pour les plus défavorisés."
Un autre mensonge à trait au mythe des deux secteurs. Naïvement nous croyons qu’il y a le secteur public étatique et le secteur privé. Que chacun est distinct, avec des modes de fonctionnement différent. Mais pour Galbraith ce n’est pas ainsi que les choses se passent réellement. Il existe de la bureaucratie dans les grandes firmes. C’est-à-dire que certaines personnes exécutent des tâches fastidieuses de gestion qui se rapprochent des métiers de la fonction publique. Mais ce n’est pas sur ce point qu’il y a un problème. Disons que ses deux secteurs ne sont pas imperméables. Au contraire, beaucoup de décisions qui affectent le gouvernement sont prises par des acteurs du secteur privé. La meilleur exemple aux Etats-Unis se produit dans le secteur de l’armement. Ce sont des responsables des compagnies d’arme qui suggèrent ce qui sera acheté en fonction du développement technologique. D’autant plus qu’il y a des transfuges. Plusieurs personnes, provenant de diverses industries occupent des postes clé au pouvoir, et bien entendu ils prennent des décisions importantes et coûteuses souvent orientées par leur ancienne fonction qu’il occupait au privé. L’inverse est vrai. Suite à leur passage au gouvernement, certains finiront leur carrière au conseil d’administration de grandes corporations pour service rendu ou contrats alloués.
Passons au dernier mensonge. C’est un mensonge théorique qui pèche par simplisme. Comme si souvent de fois la réalité est plus nuancée que la construction idéale théorique. L’hypothèse est la suivante : les banques centrales, et la Fed américaine, abaissent les taux d’intérêt durant les périodes de ralentissement économique pour inciter les consommateurs à emprunter tout comme les entreprises. À l’inverse, elle augmente le loyer sur l’argent (les taux) en période de surchauffe et d’inflation. En principe cela est sensé fonctionner à merveille, mais ce n’est pas le cas. Les entreprises ne vont pas contracter des prêts, investir, si les consommateurs ralentissent leurs achats ou les reportent à plus tard parce qu’ils craignent pour leurs emplois. Il n’y a donc aucune étude sérieuse qui tendrait à démontrer que les actions des grandes banques ont un influence notoire sur l’économie réelle.
par Tory | le 2009-02-18 02:59:55 | PERMALIEN
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Les valeurs
Célestin Bouglé, dans ses Leçons de sociologie sur l’évolution des valeurs, considère que "la société est essentiellement créatrice d'idéal". Par idéal il entend le fait que nous formulons constamment des jugements de valeur. Mais avant de continuer son analyse, il faut faire une distinction. Nous faisons soit des jugements de fait soit des jugements de valeur. Par exemple, un jugement de fait serait de dire que la table est ronde, alors qu’un jugement de valeur serait d’apprécier la table comme étant belle. Les jugements de fait sont donc objectifs, tandis que les jugements de valeur sont subjectifs. Il faut ajouter par contre que les valeurs ne sont pas uniquement personnelles, car "les jugements de valeur, bien loin de traduire mes seules préférences personnelles, traduisent des sortes de réalités qui s'imposent dans la société où je vis ". Elles ne sont pas uniquement subjectives. "Les valeurs seraient objectives parce qu'impératives et impératives parce que collectives". Il y a ainsi des rapports entre la psychologie et la sociologie.
"Il n'y a de valeurs qu'en fonction des désirs." "En même temps qu'appréciatifs, les jugements de valeur sont attributifs ; ce qui veut dire que nous assignons à un objet – idéal d'ailleurs ou matériel, peu importe pour l'instant – un prix indépendant de nos impressions du moment, capable d'opposer une résistance à notre spontanéité, de dominer nos préférences propres et ainsi de revêtir à nos yeux une sorte de réalité." Par ailleurs, les valeurs sont une source de satisfaction. Et ce qui distingue l’humain de l’animal c’est qu’il est capable de se passionner pour des abstractions. Non seulement, il se passionne, mais "il se bat pour toutes sortes de valeurs qui ne sont que des possibilités : pour la conquête de l'Or ou pour la conquête du Pouvoir ; pour la défense d'un Drapeau ou pour celle de la Liberté". Si les possibilités futures ont un sens, le passé en a un aussi. C’est ainsi que des objets qui nous ont coûté des efforts revêtent un prix supplémentaire. Il s’y rattache une valeur sentimentale. "N'arrive-t-il pas, par exemple, que la principale raison de notre attachement à telle forme de culture soit dans la peine que son acquisition nous a coûtée ? Nous ne voulons pas que tant de peine soit perdue. La valeur se mesure non pas seulement aux produits escomptés, mais aux dépenses consenties."
Pour qu’une valeur soit désirable, il faut selon Georg Simmel qu’elle soit séparée par une certaine distance dans sa réalisation. Pour bien comprendre la formation du désir comme processus collectif qui fait sens, il faut noter que l’on désire avant tout ce qu’autrui désire. "Moins la possession est facile, et plus la valeur prend de relief." "Par où l'on voit que l'intelligence use de plus d'un procédé pour déborder le cercle de l'impression momentanée : tantôt escomptant les avantages, tantôt se remémorant les dépenses, tantôt mesurant les résistances, elle tend, par le travail multiforme de la réflexion sur les sentiments, à projeter les valeurs hors de nous."
"Mais la distance en question se trouve souvent accrue du seul fait qu'entre l'objet et nous, nos semblables s'interposent : les semblables deviennent aisément des concurrents. L'extension du cercle des demandeurs augmente l'intensité de la demande." "La remarque des économistes voudrait être généralisée : la rareté décuple le prix. La difficulté est une attraction."
"Les valeurs sont accrues lorsqu'aux perspectives individuelles s'ajoutent les perspectives sociales." Il faut donc faire entrer ici l’idée d’une conscience collective. Et "un lot commun d'idées, c'est d'abord, ce que nous pourrions appeler une conscience collective". "Il faudrait dire plutôt un système, et qui est lui-même le résultat d'une synthèse." La conscience manifeste une vie intellectuelle qui est une vie de groupe. La conscience collective, n’est pas seulement, aux yeux de la sociologie, "tendances communes, mais tendances originales et dominatrices". "De l'association des hommes se dégage une force, douée d'un pouvoir de pression aussi bien que d'attraction, et c'est précisément cette force originale que nous voyons à l'œuvre dans le monde des valeurs." Dans les Formes élémentaires de la vie religieuse, Durkheim mentionne que la fonction la plus haute, la fonction caractéristique des sociétés, c’est de créer un idéal. "Les êtres sociaux ne tendent pas seulement à prolonger leur propre vie : ils travaillent à rendre possible une vie supérieure." Pour Durkheim "une société ne peut ni se créer, ni se recréer sans du même coup, créer de l'idéal".
par Tory | le 2009-02-03 22:14:16 | PERMALIEN
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Noam Chomsky
De la lecture du livre Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, de Chomsky, je retiens les propos suivants :
- Les secteurs de l’économie américaine qui sont capables de se défendre sur le plan international sont en premier lieu ceux qui recoivent des subsides de l’État : l’agriculture capitaliste intensive (l’agrobusiness), les industrie de technologie de pointe, l’industrie pharmaceutique, la biotechnologie, etc. Ce système de subventions publiques et de profits privés porte un nom : la "libre entreprise".
- Pour redresser les économies de l’Europe dévastées par la guerre, avec le plan Marshall, ces dernières reçurent plus de 12 milliards de dollars en prêts et allocations, sommes qui servirent à acheter un tiers des exportations américaines vers l’Europe durant l’année de pointe, 1949.
- Les Etats-Unis ne sont disposés à tolérer les réformes sociales que lorsque les droits des travailleurs ont été supprimés et qu’un climat favorable aux investisseurs étrangers a été maintenu.
- Nous nous sommes fermement opposés à la démocratie chaque fois que nous n’avons pas été sûrs de pouvoir en contrôler les conséquences. Le problème des vraies démocraties est qu’elles sont suceptibles de tomber dans cette hérésie selon laquelle les gouvernements devraient répondre aux besoins de leur propre population, au lieu de favoriser prioritairement les intérêts des investisseurs américains.
- Penez la libre entreprise. C’est un terme qui, dans la pratique, désigne un système de subventions publiques et de profits privés, avec un intervention massive du gouvernement dans l’économie pour maintenir l’État providence pour les riches.
- Ces secteurs (mass médias, divertissement) du système doctrinal servent à distraire la masse des prolétaires et à consolider les valeurs sociales de base : la passivité, la soumission à l’autorité, la sacro-sainte vertu de l’avidité et du gain personnel, le manque d’intérêt pour autrui, la crainte d’ennemis réels ou imaginaires, etc.
- Penez le terme de conservateur, qui en est venu à désigner les défenseurs d’un État fort intervenant massivement dans l’économie et dans la vie sociale. Ceux-ci préconisent d’énormes dépenses publiques et un sommet jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale de mesures protectionnistes et d’assurance contre les risques du marché; ils sont partisans de la restriction des libertés individuelles par toute une législation et un lourd appareil judiciaire; ils veulent protéger l’État sacro-saint de tout contrôle indu de la part des citoyens que ces affaires ne concernent pas.
- On peut discuter du terme de socialisme, mais s’il veut dire quelque chose, c’est le contrôle de la production par les travailleurs eux-mêmes, pas par les propriétaires ou par les directeurs qui les mènent et contrôle toutes les décisions, que ce soit dans les entreprises capitalistes ou dans l’État totalitaire. Parler de l’Union soviétique comme d’un État socialiste est un cas intéressant de langage doctrinal à double sens. Le coup d’État bolchévique d’octobre 1917 plaça le pouvoir étatique dans les mains de Lénine et de Trotsky, qui s’empressèrent de démanteler les institutions socialistes naissantes qui s’étaient développées durant la révolution populaire des mois précédents – les conseils de travailleurs, les Soviets, en fait tout organe sous contrôle populaire- et de convertir la force de travail en ce qu’ils appelèrent une armée du travail placé sous le commandement du chef.
par Tory | le 2009-01-20 18:51:30 | PERMALIEN
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"Le problème des drogues est un problème particulier, pour une raison symbolique: la drogue représente la perte de la responsabilité individuelle, le plaisir à la portée de tous à tout moment, un plaisir qui va à l'encontre de la discipline du travail et de la moralité qui sont l'armature de la société contemporaine. C'est le fondement symbolique de l'ordre social qui est mis en quelque sorte en question par la consommation des drogues."
par Tory | le 2008-12-09 19:23:32 | PERMALIEN
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Le sens de la vie
La question du sens de la vie est sinon une des plus importante, du moins comme elle nous intéresse tout autant que nous sommes, on est en droit d’affirmer qu’elle est la réflexion par excellence. Parti de l’ouvrage de Adler, La connaissance de l’homme, on doit compléter et terminer ses observations par son testament, Le sens de la vie. Bien qu’un peu décevant, ce texte nous offre des pistes pour méditer et comprendre ce sur quoi doit s’appuyer l’homme pour espérer être heureux. Comme d’habitude, mon interprétation de cet ouvrage sera très libre. Aussi j’y mettrai quelques observations personnelles.
Pour commencer, posons-nous la question suivante : y a-t-il un sens à la vie? Pour pouvoir y répondre, il faut nuancer quelque peu. Comme certains l’ont mentionné, il se pourrait que la vie soit absurde. Car si on cherche des raisons ou une seule raison qui explique le phénomène de la vie humaine, nous sommes obligés d’avouer, qu’hormis le discours de la religion et certaines philosophies, la vie n’a pas de véritable finalité rationnelle. Il existe certes des règles comme l’instinct de reproduction et la sélection des caractères les mieux adaptés à la vie terrestre, mais cela ne nous fournit aucun appui pour déterminer la finalité entendue comme sens. Il nous faut donc introduire une distinction précieuse. Si il y a un sens, il se pourrait qu’il se divise en sens personnel et en sens collectif, social.
Commençons par le sens personnel ou plutôt expérienciel. Qu’est-ce qui dans la vie d’un homme procure une sensation, une expérience vécue, assez forte pour devenir signifiante de plénitude? Contrairement à ce que pourraient prétendre certains philosophes, ce n’est pas une manifestation de raison, mais c’est plutôt des épisodes de sensations qui permettent une forme de réconciliation avec le monde, notre vie et nos attentes ou nos espérances. Cette sensation, cette expérience fondamentale est évidemment la joie. On se trompe souvent lorsque l’on dit que l’on n’est pas heureux. Il faudrait peut-être, sans doute, s’avouer que nous sommes en faite que trop peu souvent joyeux. Lorsque nous employons l’expression la recherche du bonheur, c’est pour caractériser un ensemble d’états dans lesquels nous ne sommes pas inquiets, préoccupés et contrariés. Et il y a deux moments ou phénomènes où cela se produit : la douce tranquillité de l’esprit et la joie. S’il existe un sens à la vie, c’est donc dans le fait qu’il faut espérer être le plus souvent et le plus longtemps possible sous l’emprise de la joie. Voilà en quelque sorte pour le sens personnel de la vie. Il faut maintenant trouver un point de liaison qui nous attache à la collectivité.
Ici ce sera Adler qui va nous aider à comprendre. De manière assez expéditive, il nous propose trois dimensions pour répondre à la question. C’est la société, la profession et l’amour. Recommençons dès le début. Tout enfant est confronté à son sentiment de faiblesse et d’infériorité. Petit nous ne pouvons pas tout ce que peut l’adulte. Il y aura donc frustration dans un premier temps. Mais au fil de l’apprentissage et de l’âge, l’enfant prendra normalement de l’assurance et de la satisfaction de pouvoir réaliser des choses qui lui étaient impossibles hier. Il devra donc quitter son sentiment d’infériorité à condition qu’il se débarrasse du phantasme de toute puissance. On connaît l’attrait qu’exerce les super héros sur la vie infantile. D’une part il comprendra qu’il ne peut pas tout ce qu’il désire, et d'autre part qu’il existe une vie commune, à laquelle il doit se conformer : le respect, le partage, les devoirs et les obligations. Bref le fameux principe de réalité chez Freud. Une fois tout ceci intégré il pourra concevoir qu’il est une personne unique et qui à de la valeur. Si ce n’est pas le cas, il continuera à nourrir son sentiment d’infériorité qui se surcompensera probablement par un complexe de supériorité : il voudra écraser les autres. Dans le cas où tout a bien fonctionné, qu’elles seront les paramètres qui renforceront son sentiment de valeur, la bonne estime de soi? Ce sera la réalisation des trois dimensions déjà formulées. -La société : il nous faut manifester de l’empathie, de la sympathie, de l’entraide, de l’écoute, de la solidarité, autrement dit de l’assistance. Adler va jusqu’à parler de sentiment de communion avec l’espèce humaine. -La profession : étant donné la division du travail, notre rôle est d’accomplir des tâches qui profiteront à la société, qui l’enrichiront. Il faut donc tenter de s’épanouir tout en travaillant pour donner un sens à notre vie active. -L’amour : le véritable amour entre deux êtres se manifeste avec de la camaraderie pour dédramatiser et dépassionner la relation.
Ainsi, comme il a été mentionné, dès l’introduction, il y a deux façons de traiter la question du sens de la vie. La première, personnelle, est une série d’expérience vécue sous la forme de la joie. La seconde, collective, est le sentiment d’avoir de la valeur personellement et au sein de la société, en manifestant notre union sous forme de communion, en trouvant notre vocation dans le travail et en vivant l’amour serein.
par Tory | le 2008-11-16 17:45:44 | PERMALIEN
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Alfred Adler (La connaissance de l'homme)
"Se connaître et se comprendre soi-même,
telle est la condition primordiale du bonheur."
Tout comme le dit, non sans une certaine ironie, Descartes, le jugement est la chose la mieux partagé, chez l’homme. On peut bien dire à quelqu’un qu’il manque de mémoire, mais il est impossible de lui dire qu’il manque de jugement; ce serait une grave offense. Aussi bien le traiter de sot.
Pour Adler, à la manière du conseil que donna Socrate, la connaissance de soi est absolument fondamentale pour parvenir au bonheur. On pourrait, en quelque sorte, dire qu’il faut connaître l’Homme en nous. Mais il y a un problème: c’est la double ignorance : penser que nous savons, alors qu’en fait nous ne savons pas que nous ne savons. "(D’aucuns), bien que n'ayant pas fait d'études, se tiennent pour des connaisseurs d'hommes; il s'en trouve (beaucoup) qui éprouveraient au premier abord un sentiment de contrariété, si on voulait les inciter à faire des progrès dans leur connaissance de l'homme."
Il nous faut, pour pouvoir se connaître, avoir reconnu la valeur des hommes. Ce qui veut dire, que l’on y parvient "soit par l'expérience de (notre) propre détresse d'âme, soit en sympathisant avec celle d'autrui". Cette forme de savoir, "cette science exige de la modestie, (car il nous faut exclure et combattre nos) connaissances prématurées ou superflues".
Mais il y a bien un obstacle suplémentaire qui se présente : on a beau se connaître, mais il faut aussi savoir ou avoir le courage de se transformer lorsque nous sommes fautif ou dans l’erreur.
Le connaisseur
Dans certaines circonstance nous éprouvons une forme de responsabilité : celle de vouloir changer autrui. "Changer un individu, l'entreprise n'est donc pas des plus aisées ; il y faut apporter de la circonspection et de la patience, il faut avant tout écarter toute vanité personnelle, car autrui n'a nullement l'obligation de servir à nous faire valoir."
"Il n'est pas douteux que les gens se comporteraient bien mieux les uns envers les autres, qu'ils se rapprocheraient beaucoup plus, s'ils se comprenaient davantage." Pour Adler ce serait tout de même un des meilleur moyens de ne pas se tromper mutuellement.
Mais que nous faut-il connaître au juste? "Il (nous) faut avoir la capacité de reconnaître tout ce qu'il y a d'inconscient dans l'existence, tous les déguisements, dissimulations, masques, ruses, malices, afin d'y rendre attentifs ceux qui y sont exposés, et de venir à leur aide", et aussi de nous en prémunir nous-mêmes. Il en va de soi que nous ne pourrons y parvenir en instaurant que des principes théoriques. Il nous faut constamment revenir à l’observation des faits. "Nous ne pouvons vivifier vraiment cette science qu'en pénétrant dans la vie et en y examinant et appliquant les principes acquis." Il faut dire que notre éducation nous a communiqué fort peu de connaissances à ce sujet. "Il n'existe, d'ailleurs, pour la culture de la connaissance de l'homme, aucune tradition. Pas de doctrine, dans ce domaine; on en est encore au même point où se trouvait la chimie quand elle se réduisait à l'alchimie."
Pour l’auteur, le type d’individu le plus à même de parvenir à découvrir et à connaître l’homme est le pêcheur repentant. "Celui qui, ou bien était présent dans tous les égarements de la vie psychique et s'en est libéré, ou bien en est passé à proximité." Ainsi pour que Socrate devienne un grand connaisseur d’hommes, il fallut qu’il se trompa souvent pour prendre conscience qu’il ne savait pas ou qu’il ne savait que trop peu de choses. Le meilleur connaisseur de l’homme sera celui qui aura traverser toutes les passions. "Si nous nous demandons d'où cela vient, il faut reconnaître qu'un homme qui s'est élevé au-dessus des difficultés de la vie, en s'arrachant aux bourbiers, qui a trouvé la force de rejeter tout cela derrière soi et de s'élever en y échappant, sera nécessairement celui qui connaîtra le mieux aussi bien les bons que les mauvais côtés de l'existence."
Il semble donc que soit imparti un devoir, une mission à ceux qui auront cherché et trouvé la connaissance de l’homme; soit celle qui "consiste à briser les cadres où (les) hommes sont enfermés, pour autant que ces cadres s'avèrent non appropriés à la vie; il faut leur ôter la fausse perspective qui les fait errer dans l'existence, et leur en présenter une autre, plus adéquate à la vie collective et aux possibilités de bonheur que peut comporter leurs existences".
L’âme et la vie psychique
L’âme, qui ne peut être attribuée qu’aux animaux supérieurs, se caractérise par le mouvement. Seuls les êtres se mouvant possèdent les caractéristiques de la volonté. C’est-à-dire la capacité d’interréagir sur les événements et les situations qui leur sont offerts pour assumer leur perpétuation et leur survie. Ce qui nous porte à dire que l’âme agit selon des buts. Chez l’homme, la richesse de la vie psychique et de l’esprit introduit un objectif tout à fait particulier. Selon les différents points de vue la finalité de la vie se résume en contentement, en joie ou en béatitude.
Mais d’une certaine manière l’homme est "un être inférieur. Mais cette infériorité qui lui est inhérente, dont il prend conscience en un sentiment de limitation et d'insécurité, agit comme un charme stimulant, pour découvrir une voie où réaliser l'adaptation à cette vie, où prendre soin de se créer des situations dans lesquelles apparaîtront égalisés (désactivés) les désavantages de la position humaine dans la nature". Cette infériorité, il la surmonte par l’association, la vie commune de groupe et l’esprit de solidarité. "Seule la vie collective permet à l'homme, par une sorte de division du travail, d'affronter des tâches où l'individu isolé aurait fatalement succombé. Seule la division du travail (est) en état de procurer à l'homme des armes offensives et défensives et d'une manière générale tous les biens dont il (a) besoin pour se maintenir et que nous comprenons aujourd'hui dans la notion de la culture." "Il n'y a dans l'histoire de la culture humaine aucune forme de vie qui ne serait menée socialement. Nulle part des hommes n'ont paru autrement qu'en société."
"Le genre humain, lui aussi, sert à ce but de l'association; de là vient que l'organe psychique de l'homme soit tout pénétré des conditions d'une (vie collective)." L’homme "n'est pas assez fort pour pouvoir vivre seul. Il ne saurait offrir à la nature qu'une résistance minime; il a besoin d'une plus grande masse de secours pour assurer sa subsistance, pour s'entretenir".
C’est ici qu’apparaît la fonction du psychisme. "Seul l'organe psychique pouvait apporter un secours vraiment rapide, remplaçant ce qui manquait à l'homme comme valeur organique." "(…) La société jouait aussi un rôle essentiel, il fallait que, dès le début, l'organe psychique comptât avec les conditions de la collectivité. Toutes ses capacités se sont développées sur une base portant en soi le trait d'une vie sociale."
La vie en société permis que se développa le langage et la logique, comme processus de compréhension générale. "La pensée logique n'est possible que si elle dispose du langage, qui seul, en permettant la formation de notions, nous met en mesure d'admettre des distinctions et d'établir des conceptions qui ne soient pas propriété privée mais bien commun." "Nous arrivons ainsi à reconnaître que les notions de raison, de logique, d'éthique et d'esthétique n'ont pu prendre naissance que dans une vie collective des hommes, mais qu'en même temps elles sont les moyens de liaison destinés à protéger la culture contre toute décadence."
Les problèmes et obstacles à la condition de l’homme
On peut dire qu’un des premiers sentiments de l’enfant est le sentiment d’infériorité par rapport au monde ambiant des adultes. Adler traite brièvement de cette question dans le chapître Compensation du sentiment d’infériorité, tendance à se faire valoir et à la supériorité. Parce que l’enfant veut être apprécier, il tentera de trouver des moyens d’être reconnu et valorisé. "Dès les premières années de l'enfance, (se manifeste) le désir de se pousser au premier rang, d'obliger l'attention des parents à se porter sur vous. Tels sont les premiers indices de cette impulsion ouverte à être apprécié, estime, qui se développe sous l'influence du sentiment d'infériorité et qui amène l'enfant à se fixer un but où il apparaîtra supérieur à son milieu ambiant." En quequelque sorte, ce sentiment d’infériorité aura comme corélat de nous familiariser avec la notion de but et d’objectif. "La faculté psychique de tendre à un but n'est donc pas la simple forme de nos considérations ; elle est ainsi un fait fondamental." Il y a toutefois un problème qui se pose. Celui de la puissance. "Quant à savoir comment l'impulsion à la puissance, ce mal le plus lancinant pour la culture humaine, peut être affronté et activement retourné de la manière la plus profitable, la difficulté provient de ce qu'à l'époque où cette tendance apparaît, il est malaisé de s'entendre avec l'enfant. Bien plus tard seulement on pourra commencer à produire de la clarté et à intervenir dans un développement défectueux, pour l'améliorer. Cependant la coexistence avec l'enfant offre déjà la possibilité d'agir en ce sens, si l'on s'applique à développer le sentiment de communion humaine, présent en chaque enfant, de telle sorte que l'impulsion à la puissance ne risque plus de prédominer." Cette impulsion à la puissance, les enfants la vivent avec une certaine culpabilité ou du moins tente-t-il de la disimuler. " Ils la dissimulent et c'est secrètement qu'ils cherchent à la mettre en oeuvre, sous le couvert de leur bonne volonté et de leurs sentiments affectueux. Ils évitent avec pudeur d'être surpris sur le fait. L'impérieuse soif de puissance non contrariée, qui s'efforce d'aller redoublant, produit des désordres dans le développement de la vie psychique enfantine, en sorte qu'exacerbée, la volonté de conquérir sécurité et pouvoir peut faire dégénérer le courage en effronterie, l'obéissance en sournoiserie et la tendresse en une ruse destinée à faire céder les autres, à obtenir d'eux obéissance et soumission; tous les traits du caractère sont ainsi susceptibles d'adjoindre à leur nature ouvertement manifestée un appoint d'astucieuse poursuite de la supériorité."
Il est certain que l’enfant doit se sortir de son sentiment d’infériorité, sinon il mésusera du penchant à surutiliser la puissance. L’éducation devient ainsi une façon de l’aider à sortir de son insécurité, en lui permettant d’acquérir des savoirs faire utiles et pratiques et de lui permettre d’avoir un optique de considération pour autrui. "Ainsi se réalisera l'issue, la compensation, que l'enfant cherche pour son sentiment d'infériorité."
Si le sujet ne trouve pas à résoudre son sentiment d’infériorité il se produira une surcompensation maladive. "Tels sont avant tout la vanité, l'orgueil et, une impulsion à surpasser les autres à tout prix, ce qui peut aussi se présenter de telle sorte que les intéressés, sans tendre eux-mêmes toujours plus haut, se contentent de l'abaissement d'un autre. La distance, la grande différence entre eux et autrui, leur importe alors par-dessus tout. Au demeurant, la position ainsi prise envers la vie ne trouble pas seulement l'entourage ; elle laisse au sujet lui-même une impression désagréable, puisqu'elle le pénètre tellement des ombres de la vie qu'il ne saurait voir éclore aucune joie authentique." Il en résultat que l’enfant commencera très tôt à manifester "une conception pessimiste du monde".
Finalement, vaincre le désir de puissance et le sentiment d’infériorité apparaîtra comme une mesure qui fera paraître la vie comme valant d'être vécue.
Nous comprendrons aussi que "la faculté psychique de tendre à un but n'est donc pas la simple forme de nos considérations ; elle est ainsi un fait fondamental".
La difficulté d’être femme
Avant de parler du problème féminin, il faut tirer les conclusions de ce qui a été dit précédemment. Premièrement, et ce n’est pas explicitement dit dans l’ouvrage d’Adler, le sentiment de puissance, inhérent à tout enfant, doit se transformer et se tempérer. Ce sentiment doit se modifier pour devenir l’obligation d’avoir l’impression d’être en contrôle, bref, d’avoir le contrôle sur notre propre vie. Évidemment, il ne serait être question d’élargir indûment ce contrôle pour qu’il s’exerce sur autrui. L’autre devant lui aussi manifester son propre contrôle sur lui-même. Ceci se comprend aisément, car il n’y a rien de plus déstabilisant que de perdre le contrôle.
Deuxièmement il faut mentionner que le sentiment d’infériorité que l’enfant éprouve face aux adultes qui peuvent plus que l’enfant doit disparaître avec le temps lorsque les moyens de celui-ci s’affinent et s’augmentent. C’est dire toute l’impossibilité que vivent chacun de nous devant des situations où l’on se retrouve en position d’infériorité. On connaît la suite, la résultante : la surcompensation. Tout être humain aura dans ce cas précis l’obligation de se révolter.
Et c’est ici qu’apparaît la problématique féminine. Durant l’enfance, les parents auront tendance à permettre davantage aux garçons. Dans d’autres cas ils mentionneront que ce n’est pas pareil pour ton frère. Pire encore, les parents, dans certains cas, feront davantage d’effort pour que les garçons en viennent à occuper une place avantageuse dans la vie. Il y a aussi le discours qui invite les fillettes à être moins combatives et plus passives, plus disciplinées. On prépare ainsi les jeunes filles à occuper un rôle secondaire lorsqu’elles fonderont un foyer, l’emphase étant mise sur l’homme, le père. Heureusement, aujourd’hui, ces mauvaises tangentes dans l’éducation des enfants ne se manifestent plus autant que par le passé. Il n’en demeure pas moins que les fillettes auront tendance à se révolter lorsqu’elles seront confronté au sentiment d’infériorité. Certaines utiliseront, de manière exagérée, la séduction pour reprendre le contrôle sur les hommes, mais c’est évidemment une impasse, car elle continue et perpétue le sentiment de puissance originelle, non civilisée.
"L'on doit donc garder présente à l'esprit les difficultés inhérentes au développement psychique des jeunes filles, pour se convaincre qu'il serait illusoire d'attendre une pleine réconciliation de la femme avec la vie, avec les réalités de notre civilisation et les formes de notre vie commune, aussi longtemps que ne lui sera pas garantie l'égalité avec l'autre sexe." "Ce qu'il faut que la culture nous procure au plus tôt, ce sont des modes d'éducation féminine, qui produisent une meilleure réconciliation avec la vie."
Pour permettre que les tensions soient minimes entre hommes et femmes au sein du couple et dans la famille, il faut donc que les deux individus aient le contrôle sur leur vie et qu’aucune des deux personnes ne manifeste un sentiment de supériorité au dépend de l’infériorité de l’autre, de sa perte de contrôle. Car "la marque caractéristique d'une réconciliation, d'une égalisation des deux sexes n'est autre que l'esprit de camaraderie".
Le besoin de supériorité
Parmi les affections constantes, le besoin, le désir et l’objectif de se sentir supérieur est constant et universel chez l’homme normalement constitué. Mais c’est une question de degré, car ce sentiment ne doit pas dégénérer et finir en despote désir de supériorité face et contre autrui. Ainsi nous éprouvons un sentiment de supériorité quand nous nous avons un plein contrôle de soi alors que d’autres êtres, des proches perdent le contrôle. Le sentiment de communion aidant, dans les situations avec nos proches et nos intimes lorsque l’on constate que l’autre est en détresse parce qu’il perd le contrôle, il nous vient tout naturellement le réflexe d’aider cet être aimé à reprendre le contrôle de sa vie.
Il ne serait pas indu et exagéré de considérer que le principal ingrédient contribuant au bonheur est le sentiment de supériorité, qui est une forme de fierté d’être arrivé où nous sommes.
Cette conclusion à laquelle j’arrive est toute personnelle, car il semble que pour Adler le sentiment de supériorité est néfaste et entrave le sentiment de communion. "Finalement nous sommes arrivés - et ce fut notre seconde norme pour juger un caractère - à constater que les forces dont le sentiment de communion humaine est le plus fortement exposé à subir l'action hostile, sont des mouvements exprimant l'impulsion à la puissance et à la supériorité."
Je crois, pour ma part que la volonté de puissance est saine si elle ne devient pas prédominante. Autrement dit, l’empathie et le sentiment de communion peuvent cohexister avec le sentiment de supériorité.
Mais sa position n’est pas si claire. Il dit ainsi que "les différences entre les individus sont conditionnées par l'intensité du sentiment de communion humaine et de la tendance à la puissance, facteurs qui s'influencent mutuellement". Il semblerait que pour lui le sentiment de communion doit corriger le sentiment de supériorité. Pour ma part, je crois que le sentiment de puissance est inévitable et pas nécessairement néfaste. Redisons-le c’est une question de degrés.
Ses propos sur la vanité nous ouvrent une certaine piste. "Aussitôt que prédomine la tendance à se faire valoir, elle provoque dans la vie psychique une tension accrue, en sorte que l'individu conçoit plus nettement son but qui lui vaudra puissance et supériorité, et qu'il s'applique à l'atteindre par des mouvements renforcés. Sa vie devient comme l'attente d'un grand triomphe. Un tel homme ne peut que perdre le sens de l'objectivité, du réel, puisqu'il perd le contact avec la vie et se préoccupe continuellement de savoir quelle impression il produit sur les autres, ce que les autres pensent de lui."
Dans ce cas précis, une nuance s’impose. Il n’est sans doute pas néfaste d’aspirer à la reconnaissance des pairs, à savoir ce que vaut notre travail selon le jugement de nos pairs compétent dans le domaine. Par contre, le désir de célébrité devient maladif et négatif puisqu’il vise la célébrité narcissique et la tendance immature à vouloir savoir quelle impression nous suscitons chez les autres.
"Lorsqu'elle dépasse un certain niveau, la vanité devient extrêmement dangereuse. Indépendamment du fait qu'elle contraint l'individu à se dispenser en une variété d'entreprises inutiles visant plus au paraître qu'à l'être, qu'elle le porte à penser avant tout à soi, à ne tenir compte tout au plus que du jugement des autres sur sa personne, sa vanité lui fait aisément perdre le contact avec la réalité. Il se meut sans comprendre les relations humaines, sans cohésion avec la vie; il oublie ce que la vie réclame de lui, et ce qu'il aurait à faire, à donner, en sa qualité d'homme. Plus qu'aucun autre vice, la vanité est susceptible de détourner l'individu de son libre développement, car il se demande toujours si finalement apparaît pour lui un avantage."
Pour masquer et embellir la vanité on peut faire appel à l’ambition et mentionner que rien de grand n’aurait pu s’accomplir sans elle. Mais c’est un sophisme. "Une objection courante se réfère aux grandes réalisations que l'humanité n'aurait pu mettre sur pied si elle avait ignoré l'ambition. Fausse apparence, fausse perspective. Aucun individu n'étant dépourvu de toute vanité, chacun possède aussi quelque pointe d'ambition. Mais ce n'est certainement pas cela qui peut donner la direction et conférer au sujet la force d'accomplir d'utiles productions. Celles-ci ne sauraient procéder que du sentiment de communion humaine. Une œuvre de génie n'est pas possible si, d'une manière ou d'une autre, la communion humaine n'a été prise en considération." Encore ici l’on constate que pour Adler prime la noblesse et l’efficace du sentiment de communion.
Il était donc important de terminer avec la vanité, puisqu’elle est si fréquente et si nuissible que "le développement hypertrophié de l'ambition et de la vanité fait obstacle au progrès régulier de l'individu, contrarie ou même rend impossible le développement du sentiment de communion humaine".
par Tory | le 2008-10-29 22:46:54 | PERMALIEN
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Castoriadis
Pour Cornélius Castoriadis, à presque toutes les époques et dans presque la totalité des premières civilisations, les sociétés se sont instituées à partir de la clôture du sens hérité, et non pas grâce à l’interrogation, qui, elle, se manifestera plus tard dans l’histoire. L’homme étant un être qui a besoin de sens pour agir et pour fonder sa collectivité sur des règles et des coutumes, en premier lieu, et par la suite sur des lois et une constitution, il en résulte que c’est prioritairement sur le passé des héros fondateurs et sur les règles qu’ont laissé les sages que se fonderont les institutions. Dans ce cas précis, l’homme n’est pas autonome, puisqu’une grande part de sa conduite et de ses activités lui viennent du passé et de l’héritage des grands textes : la Bible, le Coran, etc.
La plus grande partie de l’histoire et de la préhistoire se déroule ainsi sous le registre de l’hétéronomie. Castoriadis emploie l’expression de la clôture du sens, puisque le sens nous vient de codes qui indique aux hommes la presque totalité de leurs activités et aussi ce à quoi ils doivent penser à propos des dieux et du sacré. En quelque sorte, le terme indique que le sens n’est pas recherché par la réflexion libre et délibérative. La coutume est la coutume et la loi est la loi ; il n’y a rien à y redire.
Par contre, arrivera un moment dans l’histoire ( la Grèce au 7ième siècle avant J.-C.) où naîtra simultanément la politique et la philosophie. Il se produit alors la rupture de la clôture et l’auto-instauration du sens par la réflexion et la confrontation des positions des individus. La faculté qui permet cette activité révolutionnaire est l’imaginaire radical. Loin de donner uniquement de la fiction et du récit mythique, l’imagination permet de concevoir une organisation sociale qui permettra aux individus de vivre avec une relative autonomie. L’organisation politique tendra, à ce moment, à inclure la capacité qu’a le citoyen à examiner certaines activités, certains événements et à y apporter une solution qui manifeste le pouvoir rationnel de détermination. Cette forme de gouvernance, on le sait, donnera lieu à la démocratie athénienne. Forme unique et institution particulière qui encouragent l’autonomie des citoyens.
Pour ce qui en est de la naissance de la philosophie, qui s’est affranchi de la pensée mythique, elle commence avec la question : que dois-je penser ? "Mais dire : que dois-je penser ?, c’est ipso facto mettre en cause et en question les représentations instituées et héritées de la collectivité, de la tribu, et ouvrir la voie à une interrogation interminable." Cette activité de la pensée mènera à l’autonomie. Qu’est- ce que cette autonomie ? : se donner à soi-même ses règles et ses lois. Et évidemment, faire de même avec les lois sociales et les institutions; chaque homme ayant le pouvoir et la possibilité d’observer les lois et de les remettre en question tout en en proposant d’autres plus légitimes.
Démocratie et autonomie
La démocratie que nous connaissons n’est plus la démocratie athénienne. En quoi est-elle si différente ? Il faut faire, pour y répondre, une distinction sémantique. Il y a l’épistémê (la science, la connaissance), la technê (la technique, le savoir-faire des différents métiers) et la doxa (l’opinion). Tout dépend, dès lors, des différents métiers et activités. Si l’on veut construire un bateau ou des bâtiments on choisira (élira) celui ou ceux qui possèdent le savoir-faire et la technique pour mener à bien ces entreprises. S’il est question de guerre, les citoyens éliront celui qui semble le plus doué en stratégie militaire : Périclès, par exemple. Par contre, pour certaines fonctions (magistrats) qui ne demandent pas d’expertise, mais plutôt du jugement, les athéniens tiraient au sort pour savoir qui occuperait ce poste pour un certain temps prédéfini. Dans ces fonctions particulières les individus auront alors à convaincre leurs concitoyens qui, eux, auront à juger selon leurs opinions. Et c’est justement ce qui encourage l’autonomie de la raison et l’auto-institution des lois. (Il faut ajouter que ce qui légitimise le principe de la majorité, lors de votations, est l’exacte équivalence de toutes les opinions; chacune se valant.) En d’autres mots, la politique, pour une large part était, pour les Athéniens, affaire d’opinions, et non d’expertise. Il pouvait en être ainsi dans une société ou les membres avaient la possibilité de prendre le temps de délibérer, puisque la grande partie des activités productives étaient le lot des esclaves. Pour nous, ce n’est plus le cas. Les citoyens n’ayant plus le temps pour se livrer à la politique, nous sommes donc dans une démocratie représentative, et non plus dans une démocratie directe.
Par contre, "il faut remarquer que le premier qui ose se présenter avec des prétentions à une épistémê politique est évidemment Platon. C’est Platon qui proclame qu’il faut en finir avec cette aberration que constitue le gouvernement par des hommes qui ne sont que dans la doxa, et confier la politeis et la conduite des affaires à des possesseurs du vrai savoir, les philosophes." Malheureusement pour la démocratie, à l’époque de Platon, celle-ci avait déjà dégénérée en une suite de régimes tous déficiants et ne répondant plus à l’autolimitation.
Justement, pour pouvoir fonctionner, la démocratie à besoin de limitations, et les citoyens, se donnant leurs propres règles, doivent s’autolimiter. "Le problème fondamental de la démocratie est celui de l’autolimitation, problème directement issu de la perte de toute signification substantielle : les significations héritées, en étant mises en question, s’ouvrent aux doxai, mais, en retour, ne peuvent plus indiquer comment et jusqu’où agir." Et "la liberté, c’est l’activité. Elle est une activité qui en même temps s’autolimite, c’est-à-dire sait qu’elle peut tout faire, mais qu’elle ne doit pas tout faire."
Il en va de soi que pour Castoriadis la société dans laquelle nous vivons ne parvient plus à s’autolimiter.
par Tory | le 2008-10-15 20:35:54 | PERMALIEN
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"La production médiatique repose sur cinq filtres. Le premier est celui que constituent la taille, l’appartenance et l’orientation vers le profit des médias. Les médias appartiennent à des corporations et à des personnes très fortunées, qui les contrôlent. On doit présumer que cela constituera un biais. […] Le deuxième est celui de la dépendance des médias envers la publicité. Les médias vendent moins des informations à un public que du public à des annonceurs. Vous ne vous en doutez peut-être pas mais, lorsque vous achetez un quotidien, vous êtes vous-même le produit. […] Le troisième filtre est constitué par la dépendance des médias à l’égard de certaines sources d’information: le gouvernement, les entreprises elles-mêmes – notamment par l’intermédiaire des firmes de relations publiques – les groupes de pression, les agences de presse. […] Le quatrième filtre est celui des flaks, c’est-à-dire les critiques que les puissants adressent aux médias et qui servent à les discipliner. […] Le cinquième et dernier filtre est baptisé par Herman et Chomsky l’anticommunisme; cette dénomination est à l’évidence marquée par la conjoncture américaine. Elle renvoie plus largement, en fait, à l’hostilité des médias envers toute perspective de gauche, socialiste, progressiste, etc. "
par Tory | le 2008-10-13 22:02:52 | PERMALIEN
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LA DÉMOCRATIE MODERNE
À parler strictement le même langage que Jean-Jacques Rousseau, le Canada, comme bien d'autres pays modernes, ne serait pas une démocratie mais bien une aristocratie élective, c'est-à-dire un régime politique où les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont confiés à un petit nombre de représentants élus ou désignés en raison de leur excellence: d'où aristocratie, par opposition à démocratie, la démocratie au sens ancien étant cette forme de gouvernement où les citoyens s'acquittent eux-mêmes, moyennant de très fréquentes assemblées publiques, des tâches qui sont déléguées, dans d'autres régimes, à des parlementaires, à des ministres ou à des magistrats. L'usage actuel du mot démocratie est cependant moins restrictif et nous appelons démocratie ce qui était pour Rousseau au fondement même de toute république, à savoir la souveraineté populaire, le pouvoir souverain qu'a le peuple de faire et de défaire les lois.
1- L'ESSENCE DE LA DÉMOCRATIE
La démocratie réside essentiellement dans la souveraineté inaliénable de l'assemblée des citoyens dont la volonté générale est que soient adoptées et respectées les lois conformes à l’intérêt commun de tous la associés. La volonté générale, c'est ce que veut chaque citoyen quand vient le temps de faire des lois ou d'établir des règles qui seront d'application générale, auxquelles tous, y compris lui-même, seront soumis. Quant à l'intérêt commun, il correspond, comme il a été dit, à ce qu'il y a de plus avantageux pour tout le monde, et ce qu'il y a de plus avantageux pour tout le monde, c'est que soient respectées les lois par lesquelles se trouve accordé ou imposé également à chacun cc qui peut lui être accordé et ce qui doit lui être imposé compte tenu des exigences de la vie en commun.
L'association démocratique telle que conçue par J-J. Rousseau est une association libre d'individus égaux ou du moins qui acceptent librement de devenir égaux pour que l'association soit possible et avantageuse pour tous. En effet, si les associés n'étaient pas égaux au départ la souveraineté n'appartiendrait pas réellement à l'assemblée des citoyens mais seulement à ceux qui seraient assez puissants pour imposer aux autres leur volonté particulière au détriment de l'intérêt commun. Cette indispensable égalité des associés ou des contractants, elle est obtenue lors de la signature du contrat social par le moyen de l'aliénation totale de l'individu à la communauté, et elle est réaffirmée ensuite, chaque fois qu'une décision commune doit être prise, par la règle énonçant que tout individu quel qu'il soit, n'a droit qu'à un vote. Rousseau savait très bien qu'à elle seule la règle de l'égalité politique (un individu, un vote) ne suffit pas à assurer le caractère démocratique d'une société ou d'un pays. Si, dans une société quelconque, certains individus ou certains groupes disposent d'une puissance militaire ou économique telle qu'ils peuvent exercer des représailles contre le reste des citoyens, le droit de vote reconnu â tous ne sera pas d'une grande utilité puisqu'au moment d'exercer ce droit, les citoyens devront donner leur appui à des lois qui serviront principalement les intérêts d'une petite partie seulement de la population. Qu'il puisse en être ainsi dans bien des cas ne démontre nullement l'insuffisance de la théorie politique de Jean-Jacques Rousseau, cela démontre au contraire la justesse du principe qu'il a énoncé et selon lequel il n'y a pas de véritable souveraineté populaire s'il n'y a pas une certaine égalité des conditions de vie des citoyens.
Il faut se garder toutefois de donner trop vite dans le cynisme facile de ceux qui prétendent que la démocratie n'existe pas ou qu'elle est une action juridique destinée à faire croire au peuple que le pouvoir lui appartient. Plusieurs pays de par le monde sont véritablement démocratiques en ce sens que les citoyens de ces pays disposent effectivement des moyens d'expression, d'information et d'action dont ils pourraient se servir pour changer l'ordre établi s’ils avaient la volonté politique de le faire. S'il existe effectivement des individus ou des groupes capables d'orienter à leur avantage le cours de la vie politique, c'est aussi - du moins dans certains pays parce que l'ensemble des citoyens acceptent qu'il en soit ainsi et parce que l'ensemble des citoyens ne jugent pas nécessaire ou avantageux de remettre en question les lois économiques ou les conditions sociales qui sont génératrices d’inégalités. Ainsi n'est-on nullement fondé de dire d'une société qu'elle n'est pas démocratique pour la seule raison qu'il y existe des formes d'inégalités, économiques ou autres, entre les individus. L'essence de la démocratie, ce n'est pas que la loi impose l'égalité de tous les individus dans tous les domaines, c'est que dans tous les domaines où il est nécessaire de légiférer, la loi résulte de la décision collective d'individus jouissant tous les uns par rapport aux autres d'une fondamentale égalité.
Fondamentalement égaux, les individus le sont de par l'aliénation totale qu'ils ont fait d'eux-mêmes à la communauté et en vertu de laquelle chaque associé renonce à toute supériorité qu'il pouvait avoir sur ceux avec qui il a décidé de s'unir. Ayant choisi dans son propre intérêt et pour sa propre protection d'appartenir à un corps politique, l'individu accepte de n'avoir désormais d'autres libertés et d'autres droits que ceux qui lui seront reconnus par la communauté et il consent par avance à tous les renoncements et à tous les sacrifices que cette communauté jugera bon d'exiger de lui. À propos de ce droit qu'a la communauté de tout exiger, au besoin, des individus qui ont choisi de lui appartenir, Rousseau écrivait. "Le traité social a pour fin la conservation des contractants. Qui veut la fin veut aussi les moyens, et ces moyens sont inséparables de quelques risques, même de quelques pertes, Qui veut conserver sa vie aux dépens des autres doit la donner aussi pour eux quand il le faut. Or le citoyen n'est plus juge du péril auquel la loi veut qu'il s'expose; et quand le prince lui a dit: "il est expédient à l'état que tu meures", il doit mourir, puisque ce n'est qu'a ctte condition qu'il a vécu en sûreté jusqu'alors, et que sa vie n'est plus seulement un bienfait de la nature, mais un don conditionnel de l'état".
Si la république ou le corps politique peut ainsi aller jusqu'à exiger de lui le sacrifice suprême, l'individu sait toutefois que jamais rien ne lui sera demandé qui serait excessif, arbitraire ou injuste. La garantie de justice offerte par l'association démocratique est que la loi sera toujours la même pour tous, seule façon pour chaque associé d'être sûr au départ qu'il ne sera pas lésé ou désavantagé au profit des autres. En effet, en conséquence du caractère universel de la loi, qui s'appliquera à tous, chacun veut une loi qui sera à la fois satisfaisante pour lui (chacun recherchant son intérêt) et acceptable par les autres (puisque leur accord est nécessaire). Ainsi faut-il comprendre que Rousseau dise de la loi qu'elle est toujours bonne, car si les clauses du contrat social sont respectées, la loi exprimera exactement ce qui est le plus avantageux pour tous les membres de l'association. Et la seule chose qui soit avantageuse pour tous, ce ne peut être que l'égalité: égalité de libertés et des droits, égalité des parts à recevoir ou des contributions à fournir.
Si tous les individus vivaient à peu près dans les mêmes conditions, s'ils avaient tous les mêmes problèmes à résoudre, ils auraient à peu près la même conception de ce qu'est l'intérêt commun et la décision collective serait la plupart du temps unanime. Et malgré que les sociétés démocratiques puissent souvent donner l'impression d'un tiraillement perpétuel entre des groupes opposés, il y a tout de même pas mal de domaincs où l'unanimité existe. On peut présumer, par exemple, que les citoyens sont unanimes à vouloir que la circulation routière soit réglementée, qu'il y ait des feux rouges aux intersections, etc. Dans d'autres domaines, évidemment. l'unanimité est plus improbable: il y a de fortes chances, autre exemple, que les chefs d'entreprise ne soient pas du même avis que les salariés ou les écologistes quand il s'agit de voter des lois concernant les impôts sur le revenu ou la protection de l'environnement. À défaut d'unanimité, chacun doit alors accepter de se rendre au voeu de la majorité, car s'il est impossible en une matière quelconque de satisfaire tout le monde, le mieux qui puisse être fait est de satisfaire le plus grand nombre possible.
Il ne suffit pas toutefois qu'une loi reçoive un appui majoritaire pour quelle soit démocratique. Une décision majoritaire peut très bien ne pas être démocratique si elle vise à avantager la majorité au détriment d'une minorité quelconque, ce qui se produirait si une loi n'étant pas d'application universelle, avait pour effet d'imposer à quelques individus un fardeau plus lourd que celui imposé aux autres, fussent-ils beaucoup plus nombreux. La question linguistique au Québec pourrait fournir une illustration dramatique de cette éventualité. Compte tenu que les citoyens francophones ont le droit, eux, d'afficher dans leur langue, les citoyens anglophones, membres à part entière du corps politique québécois, prétendent que l'interdiction d'afficher en anglais à l'extérieur des commerces est une atteinte à leurs droits fondamentaux et que la loi qui formule cette interdiction est une loi discriminatoire imposée à la minorité anglaise par la majorité française.
Dans les termes employés par Jean-Jacques Rousseau, les anglophones pourraient dire que leurs concitoyens francophones se sont regroupés de fait en une association partielle pour favoriser leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt commun de tous les associés. Les francophones, de leur côté, n'ont pas tort d'alléguer que, compte tenu de la situation particulière du Québec dans le contexte nord-américain, cette loi interdisant l'affichage en anglais eu nécessaire à la sauvegarde de la langue française, car ce ne serait guère mieux si la majorité devait, au nom des droits de la minorité, accepter de voir sa propre langue disparaître peu à peu sous la pression irrésistible de l'anglais. Nous avons donc affaire là à un véritable dilemme et dans des cas semblables, il n'est pas exclu qu'il faille en venir à rompre le "contrat social" existant pour former un nouveau corps politique, ce nouveau corps politique ou cette nouvelle "république" que serait en l'occurrence, un Québec souverain regroupant tous ceux qui accepteraient de se rallier au voeu de la majorité et laissant aux autres la possibilité de ne pas en faire partie.
2- LÉGITIMITÉ ET ÉGALITÉ
Quiconque sait ce qu'est essentiellement la démocratie sait aussi que le rôle du citoyen ne consiste pas seulement ni même essentiellement à respecter les lois existantes ou la stricte légalité. Il existe en démocratie quelque chose de supérieur à la légalité et c'est la légitimité démocratique. Est légitime, de façon générale, ce qui est conforme à la règle en vigueur, aux principes reconnus ou au bon droit et qui, pour cette raison même, commande le respect ou mérite d’être respecté. En matière politique, la légitimité est ce qui habilite les gouvernants à gouverner, ce qui leur donne le droit d'exercer une autorité sur les individus et ce qui, en conséquence, oblige les individus à se conformer aux lois ou aux décisions émanant de ceux qui gouvernent. En démocratie, est donc légitime tout gouvernement dûment porté au pouvoir par le peuple et toute action ou décision gouvernementale conforme à la volonté du peuple, attendu qu'il ne saurait rien y avoir au-dessus de cette volonté souveraine du peuple.
Il peut arriver en certaines circonstances que des gouvernants se croient justifiés de prendre certaines mesures sans avoir reçu de la population le mandat de le faire ou même d’aller à l'encontre de lois qu'ils n'ont pas eu le mandat de changer. Cas extrême, un gouvernement peut, par exemple, autoriser ses agents secrets à commettre des actes criminels parce que c'est là, selon lui, le seul moyen d'assurer la sécurité nationale ou d'atteindre tout autre objectif conforme aux intérêts supérieurs de la nation. Dans de telles situations d'urgence ou de nécessité, les gouvernants peuvent légitimement agir sans l'accord du peuple ou sans tenir compte des lois existentes en se plaçant sous le couvert de la raison d'État. On entend par "raison d'État" (raison que seul l'État peut invoquer) toute considération d’intérêt public qu'un gouvernement peut invoquer pour justifier une action illégale, injuste ou criminelle. Les gouvernants se trouvent alors à faire exception aux règles normales de la démocratie parce qu'il serait plus nuisible à l'intérêt public de respecter ces règles qu'il ne l'est de les enfreindre. Ainsi un président pourrait-il prendre sur lui de déclarer la guerre sans le consentement des autres représentants du peuple s'il estimait que le moindre retard à le faire aurait des conséquences beaucoup plus graves que le non respect des procédures prévues par la constitution. Il peut donc arriver parfois que les agissements illégaux d'un dirigeant soient par ailleurs tout à fait légitimes. Le mot parfois est important, car un gouvernement qui aurait continuellement recours à des manoeuvres illégales risquerait bien évidemment d'être plutôt un gouvernement corrompu qu'un gouvernement légitime.
Ce que les gouvernants, en certaines circonstances exceptionnelles, ont le droit démocratique de faire, c'est-à-dire, se soustraire au respect des régies établies, le simple citoyen peut être parfois justifié de le faire lui aussi: on parle alors de "désobéissance civile". Il y a désobéissance civile, c'est-à- dire de la part du citoyen en tant que citoyen, quand un individu conteste, par sa désobéissance, la légitimité d'une loi ou d'un gouvernement, quand un individu prend sur lui d'enfreindre une loi qu'il estime être nuisible ou injuste. Par exemple, un contribuable refuse de payer ses impôts parce qu'il estime que le gouvernement se sert de l'argent ainsi recueilli pour financer des achats ou des projets contraires l'intérêt public. Il faut évidemment que celui qui choisit de s'engager sur la voie de la désobéissance civile le fasse en toute honnêteté et en toute sincérité et surtout avec de très bonnes raisons car son initiative risque de lui coûteer assez cher s'il ne réussit pas à convaincre les autres citoyens de la justesse de ses vues. Pourtant, même s'il devait s'avérer que le citoyen réfractaire avait tort de contester la loi, on ne pourrait pas dire de lui, si du moins il était sincère, qu'il a agi de façon anti-démocratique ou criminelle. Ce qui distingue radicalement la désobéissance civile du simple crime, c'est que l'individu qui y a recours ne le fait pas dans son intérêt personnel mais bien en tant que citoyen responsable et soucieux de la justice et du bien commun de tous les associés.
En démocratie, la loi n'est pas un absolu, elle est un moyen au service d’une fin supérieure; et quand il arrive que la loi ne remplit pas son office, le droit et le devoir des citoyens sont de s'y opposer. La désobéissance civile est la forme pacifique de cette légitime opposition; l'insurrection populaire est sa forme violente. Dans les deux cas, le principe est le même ce qui est légitime a préséance sur ce qui est simplement légal.
3- DEUX FORMES POSSIBLES DE LA DÉMOCRATIE
L'égalité politique est la condition sine qua non de la démocratie. Il faut pour qu'on puisse parler de démocratie que tous les associés aient un pouvoir politique égal. Mais il n'est pas non plus de société démocratique où ne sont pas reconnus, en outre de l'égalité politique, certains droits qui protègent les individus dans leur vie de tous les jours et qui leur assurent un certain niveau de bien-être et de sécurité. Dans la mesure, variable, où les sociétés démocratiques reconnaissent des droits à leurs membres, elles doivent les leur reconnaître également de telle sorte qu'à la stricte égalité politique des citoyens vient s'ajouter légalité juridique des individus. À partir de là, deux grandes orientations sont possibles. Si l'accent est mis sur la plus grande liberté possible des individus, on s'engage sur la voie de la démocratie dite libérale; si l'accent est mis plutôt sur la plus grande égalité et la plus grande sécurité possible des individus, on s'engage sur la voie de la démocratie dite sociale (ou populaire ou socialiste).
Plus précisément, les sociétés de démocratiques libérales sont celles où existent, sur le plan économique, la libre entreprise et la propriété privée des moyens de production. Propriété privée des moyens de production veut dire que des individus ou des groupes privés ont le droit de posséder des entreprises et de disposer eux-mêmes des richesses produites par l'opération de ces entreprises Dans ces conditions, la collectivité n'exerce pas de contrôle direct sur l'ensemble de l'activité économique, soumise aux seules lois de la concurrence et de la recherche du profit, et il peut apparaître entre les individus des écarts importants du fait de cette répartition incontrôlée des richesses produites par le travail, les revenus des propriétaires d'entreprise de même que leur pouvoir de décision étant ordinairement très supérieurs à ceux des salariés qui travaillent pour le compte des entreprises privées. Cette liberté économique caractéristique des démocraties libérales peut, selon les circonstances, favoriser une amélioration (inégale) du niveau de vie des populations, mais elle peut aussi faire ressortir des contrastes saisissant entre l'extrême richesse de quelques-uns et l'extrême pauvreté de quelques autres. C'est le spectacle de ces inégalités économiques et sociales qui a fait apparaître au 19 ième siècle l’idée d'une démocratie plus radicale, plus poussée que celle de ces pays capitalistes où l'égalité politique des citoyens n'empêchait pas certains d'entre eux de mourir de faim.
Visant essentiellement à assurer une plus grande égalité entre les individus, les démocraties de type socialiste doivent donc, elles, faire ce que les démocraties libérales n'ont pas besoin de faire, c'est-à-dire exercer un contrôle collectif sur la production et la distribution des richesses. En effet, si l’on veut garantir à tous les individus un emploi, une éducation gratuite, un niveau de vis satisfaisant, etc., on ne peut pas se contenter de laisser jouer aveuglément les lois du marché et de la concurrence entre propriétaires d'entreprises, il faut abolir la propriété privée des moyens de production au profit de la propriété sociale de ces moyens (toute entreprise appartient à la société et non à des individus, d'où socialisme) et n'admettre pour tous la individus qu'un seul statut, celui de travailleur. Dans ce contexte, la quantité de richesse personnelle dont peut disposer un individu est l'exact équivalent de la quantité de travail qu'il fournit, ni plus ni moins, sans possibilité d'amasser une fortune en faisant travailler à son profit des centaines ou des milliers d'autres personnes. Il ne peut donc exister (en principe) dans une société de démocratie sociale ou socialiste des différences importantes dans le niveau de vie des gens, dans leur accès aux commodités et aux agréments rendus disponibles par le travail de tous.
Jacques Morissette
par Tory | le 2008-10-01 19:31:28 | PERMALIEN
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L’Angleterre, un modèle ?
" La mondialisation à la mode libérale est la mise en coupe réglée du bien public, mobilier et immobilier, le saccage des caisses de Sécurité sociale et l'anéantissement du droit du travail. Ce que l'on conte comme un progrès est une régression de deux siècles. Que les Anglais aient les patrons les mieux payés du monde, peu de chômeurs et beaucoup de pauvres, un analphabétisme, des suicides et une morbidité en plein boom mais aussi le meilleur cinéma social du moment.
Pauvres Anglais inventeurs de l'Etat-providence qui ont voulu se mettre en compétition avec les dragons, et qui ont réussi : ils sont tombés à leur niveau ; l'ouvrier anglais gagne deux fois moins que le français et il est autant au chômage.
Aujourd'hui, selon l'Unicef, quel est le pays d'Europe où le travail des enfants est le plus développé ? La Grande-Bretagne, pardi !
L'Angleterre a les patrons les mieux payés du monde (une fois et demie les rémunérations françaises), les ouvriers les plus mal payés (deux fois moins qu'en France), les services publics les plus catastrophiques, l'aspect d'un ex-pays de l'Est, un accès à la santé désormais dérisoire et une mortalité en croissance vertigineuse, un alcoolisme effrayant, mais... mais..., un taux de chômage inférieur au taux de chômage français : 6,5% contre 12,5%. Six points d'écart. Ca vaut le coup, non ?
Même pas. Personne n'ose plus nier que cette différence s'explique par une démographie différente dans les deux pays ; que l'Angleterre est le pays d'Europe ayant créé le moins d'emplois ces dix dernières années, moins que la France, que l'Allemagne, que l'Italie et même que l'Espagne, au taux record de 20 %; que les chômeurs anglais disparaissent parce qu'ils sont devenus des pauvres (Le nombre de pauvres est passé de 5 à 13,7 millions entre 1979 et aujourd'hui), qui n'ont même plus le courage d'aller s'inscrire à des agences d'emploi qui ne leur donneront rien.
Les Anglais ont changé la façon de comptabiliser le chômage trente fois en vingt ans. Espérons qu'on trouvera un moyen de truquer les statistiques du suicide, qui explosent outre-Manche. Mais comme le suicide concerne (encore aujourd'hui) les vieux, ça fera autant d'économies pour la Sécu. D'ailleurs, ce sont les faibles qui se suicident. C'est bon pour le darwinisme économique."
Ah Dieu ! que la guerre économique est jolie ! par Philippe Labarde et Bernard Maris
par Tory | le 2008-09-21 14:18:59 | PERMALIEN
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Praxéologie
L’économiste et "philosophe" Autrichien Ludwig von Mises est l’inventeur d’une science de l’action qu’il nomme la praxéologie. Celle-ci vient en quelque sorte se greffer sur la découverte des lois de l’économie. Par ailleurs, "le point de départ de la praxéologie n'est pas un choix d'axiomes et une décision de méthode quant aux procédures, mais la réflexion sur l'essence de l'action". Et l’action concerne au premier chef l’individu. Un des principes fondamentaux de l’agir est qu’il nous faut connaître la causalité des phénomènes et reconnaître que l’on puisse agir sur les causes, a proprement parler. Qui dit cause dit automatiquement moyen. Pour cette raison la praxéologie traite, non pas des buts ou de la finalité, mais des moyens qui permettent d’agir raisonnablement. Elle se distingue de la psychologie qui, elle, tente de découvrir les motivations personnelles et les ressorts du psychisme.
Nous pouvons donc affirmer que "les sciences aprioristes — logique, mathématique et praxéologie — tendent à un savoir inconditionnellement valable pour tous les êtres dotés de la structure logique de l'esprit humain".
Par ailleurs, "Mises souligne le rôle prépondérant de la subjectivité en économie. Il insiste sur l'importance des opinions subjectives des individus dans la formation des phénomènes sociaux, (et) sur les déséquilibres qui en découlent".
Comme on peut s’y attendre, il préconisera le dogme de la non-intervention étatique : "selon Mises, le marché, non entravé par des interventions étatiques, produit un ordre spontané optimal qu'aucune organisation ou planification ne saurait atteindre. La "planification individuelle" est supérieure à toute planification collective".
Le comportement
"La majeure partie du comportement quotidien d'un homme est simple routine. Il accomplit certains actes sans leur porter spécialement attention. Il fait nombre de choses parce qu'il a été dressé à les faire pendant son enfance, parce que d'autres gens se comportent de même, et parce que c'est courant dans son milieu. Il acquiert des habitudes, il développe des réactions réflexes. Mais il se laisse aller à ces habitudes simplement parce qu'il en agrée les effets. Dès qu'il s'aperçoit que suivre la route habituelle peut l'entraver dans l'obtention de fins qu'il estime plus désirables, il modifie son attitude." En cela, il est libre.
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Cet ouvrage qui porte le nom de l’action humaine est lui aussi comme La route de la servitude, assez decevant, du moins pour ce qui en ait de la première partie : la praxéologie. Si la praxéologie est supposément une science, elle est très pauvre en contenu, pour ne pas dire assez élémentaire. Les économistes Autrichiens ont sûrement été importants en leur temps comme économistes, mais il nous faut avouer que lorsqu’ils sortent de leur discipline, soit ils errent, soit leurs pseudos découvertes ne sont pas concluantes. Par contre, la suite de ce texte volumineux (plus de mille pages) est plus pertinante. En particulier le début de la deuxième partie. J’y reviendrai au fil de la lecture.
par Tory | le 2008-09-18 14:15:47 | PERMALIEN
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Les milieux financiers
La campagne électorale du candidat Obama aura coûté jusqu’à maintenant environ un quart de milliard de dollars. Certains donateurs dans l’entourage de Georges Soros comptent, si le candidat démocrate est élu, sur le fait qu’il sera très réceptif à leurs demandes, en particulier la nécessité pour eux de ne pas réglementer et discipliner les marchés financiers et bancaires. Les raisons d’appuyer financièrement, et par l’entremise des journaux et médiats comme ceux de Rupert Mordoch, la candidature d’Obama s’explique en particulier par le fait qu’ils ont décidé de barrer la route à Hilary Clinton. On dit qu’ils ont utilisé Obama comme torpille contre la sénatrice de New York. Mais il ne semble pas pour autant que leur but soi qu’un afro-américain devienne Président des Etats-Unis.
"Il n’a jamais été question de faire élire le sénateur de l’Illinois Président des Etats-Unis, mais bien d’écarter tout risque d’un sursaut rooseveltien, que pourrait représenter Hillary Clinton."
On entend par politique rooseveltienne l’application de certains principes interventionnistes dans l’économie réelle et une réglementation et une discipline des milieux financiers.
" Les grands financeurs du parti ont décidé qu’une présidence Clinton serait inacceptable, (car) elle a fait certaines propositions qui vont trop loin pour Wall Street, comme par exemple le moratoire sur les saisies immobilières et la réorganisation des hypothèques."
par Tory | le 2008-09-10 17:39:30 | PERMALIEN
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Personne n’est parfait.
"Les aspects les plus controversés de la carrière politique de Barack Obama apparaissent au grand jour. Les enquêtes se focalisent actuellement sur les relations qu’il a pu entretenir avec un homme d’affaire véreux, Tony Rezko, qui a été affublé récemment par Hillary Clinton du sobriquet " roi des taudis " car il a fait fortune sur le dos des pauvres, en construisant des logements " sociaux ", engrangeant au passage moult pots de vins et dessous de tables.
Rezko a été jugé dans deux cas séparés d’extorsion, blanchiment d’argent sale et fraude. Or, tout le monde sait dans l’Illinois que c’est grâce aux contributions financières de Rezko que Obama a pu lancer sa carrière politique, même si aujourd’hui, sous les projecteurs des médias, il a reversé ce qu’il avait gagné dans ces activités lucratives à des associations charitables.
Le reportage de CNN montrait des images de logements sociaux construits par Rezko avec des fonds publics obtenus grâce au lobbying d’Obama. Selon le Chicago Sun Times (juin 2007), en 1997 Obama avait écrit des lettes à des élus locaux et des Etats, les incitant à soutenir un projet de construction de logements sociaux pour retraités, géré par Rezko et son partenaire Allison Davis. Plus de 14 millions de dollars d’argent public ont été ainsi rassemblés, dont 885.000 ont été empochés par Rezko et Davis.
Le 21 décembre 2007, l’avocat général des Etats-Unis, Patrick Fitzgerald, chargé d’instruire le procès de Rezco, a accusé l’homme d’affaires d’avoir donné 10.000 dollars à un " candidat politique ", provenant des dessous de table tirés du système de retraite des enseignants de l’Illinois,. Le fait que Fitzgerald n’ait pas mentionné le nom de ce candidat n’a fait que redoubler les rumeurs sur la culpabilité d’Obama, car, à cette époque, Rezko faisait partie du comité de financement de la campagne d’Obama pour le Sénat des Etats-Unis.
C’est en 1990 que Barack Obama, frais émoulu de la faculté de Droit de Harvard a eu un entretien d’embauche avec Tony Rezko. Mais, c’est au cabinet d’avocat d’Allison Davis (Davis Miner Barnhill and Galland) qui a représenté les intérêts de Rezko pendant de longues années qu’Obama a été embauché. Davis est devenu ainsi le partenaire financier de Rezco dans des projets d’aménagement des ghettos qui étaient ensuite appuyés par le sénateur de l’Etat, Barak Obama."
"Comme Lyndon LaRouche l’a déclaré et expliqué à plusieurs reprises, la candidature d’Obama a été montée par ses parrains afin de détruire Hillary Clinton avant d’être lui-même détruit à son tour. Dans ce contexte, il est notable que le parrain financier d’Obama, Tony Rezko, un homme d’affaire véreux de Chicago, ait été arrêté et incarcéré. Cette relation passée pourrait bien être le facteur qui brisera l’envol d’Obama au moment voulu."
" Si Obama venait à gagner la nomination démocrate pour la course présidentielle, les chiens d’attaque du parti républicain se rueront sur le " scandale Rezko ".
Par ailleurs, n’ayant par peur que ses actes contredisent ses paroles, que l’on pense à son dernier discours d’investiture sur les propriétaires de maison, au prise avec des subprimes, "déjà, Obama avait refusé début janvier de soutenir le plan Clinton pour geler les saisies de logements et les taux des prêts hypothécaires variables."
" Si vous cherchez à vous faire une idée de comment seront les Etats-Unis sous une administration Obama, regardez ce que vient de faire la Géorgie. Le président géorgien Saakachvili partage le même "parrain" britannique : George Soros. Est-ce que l’homme de Soros, Obama, sera un nouveau Dick Cheney s’il arrive au pouvoir ? "
par Tory | le 2008-09-04 20:55:26 | PERMALIEN
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